La position avantageuse de ce château et sa construction remarquable en faisaient une place de guerre très forte pour l’époque. Il avait la ville à l’Est et au Nord, la rivière de Bresle et de belles prairies au Sud et à l’Ouest. Il consistait en un donjon environné d’une muraille épaisse de plus de 2 mètres, et flanqué de cinq grandes tours. Ce donjon s’élevait majestueusement à une hauteur considérable, que l’on peut apprécier en sachant que sa base avait 28 mètres de diamètre hors-œuvre. Il était bâti de pierres grises nommées tufs, taillées en pointes de diamant et formant saillie. Ses murs avaient 7 mètres d’épaisseur et descendaient jusqu’à l’eau. Il était flanqué à chacun des quatre points cardinaux d’une tourelle engagée et faisant corps avec lui : celle du Sud contenait l’escalier ; les trois autres paraissaient avoir servi de cachots, puisqu’à la muraille de chacun d’eux étaient fixés un carcan et une chaîne. Dans le mur droit, au côté gauche de chaque tourelle, était percée une meurtrière, et on en voyait d’autres à diverses hauteurs. Sous ce donjon existait une sorte de cave admirablement voûtée en cul de lampe, présentant 13 mètres de diamètre et autant d’élévation : elle servait d’arsenal.
On y descendait par un escalier de 21 marches si douces qu’on assure qu’un nommé Dunand, médecin à Samer, les descendit, il y a une cinquantaine d’années, avec son cheval et son cabriolet. A l’intérieur, entre la tourelle du Nord et celle de l’Est, un puits était percé dans l’épaisseur de la muraille pour les besoins de la garnison.

Ce donjon passait pour une des belles antiquités de Picardie. Il est connu depuis des siècles sous le nom de la Tour bise, soit à cause de sa couleur sombre ; soit à cause du bruit et du froid que produisait le vent en s’engouffrant dans les angles et en circulant entre la tour et les hautes murailles qui l’environnaient.
Les tours qui existaient aux cinq cantons du château, étaient aussi très fortes. Leur face vers le donjon était plane. A la hauteur de la cour, c’est-à-dire à 6 mètres environ de leur base, elles portaient un diamètre variant de 8 à 9 mètres hors-œuvre. La muraille de la tour qui subsiste encore (vers 1900) est épaisse de 3 mètres, au niveau de la cour, et de 3 mètres 45 cent. dans le fossé. Son élévation jusqu’au larmier du toit est de 17 mètres. Il est probable que les quatre autres tours avaient une élévation à peu près semblable. Mais il est à remarquer que le fossé est rempli de plus d’un mètre.
On communiquait d’une tour à l’autre par des galeries ménagées au-dessus de la muraille.
Sous ces galeries et autour du donjon, on pouvait, dit-on, aisément ranger près de mille chevaux.
M.-F.-I. Darsy
Extrait de :
GAMACHES ET SES SEIGNEURS
GAMACHES ET SON CANTON