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La vache de race flamande

 

Traditionnellement, la vache de race flamande formait le gros des troupeaux. Petite, vive, de robe noire, aux longues cornes, bonne marcheuse, résistante, elle donnait « bien du lait » et facilement de beaux veaux. Les vaches hollandaises les ont chassées des étables. Ces animaux énormes, poussifs, aux gros pis gonflés et déformés, aux pieds faibles, à la santé fragile, avaient un seul avantage, ils produisaient beaucoup de lait. Des croisements entre les deux races donnèrent des animaux mieux proportionnés avec une bonne lactation mais la venue des veaux, trop gros, causait des soucis.

La vache de race flamande

La campagne d'Artois (1945-1965)


L’élevage de ces animaux fragiles n’était pas facile. Les vaches attrapaient des mammites (inflammations des trayons) ou elles prenaient froid. Souvent le vétérinaire devait venir. C’était une personnalité reçue avec respect, écoutée sans discuter et qui voyageait avec sa provision de médicaments. On ne se privait quand même pas de supputer qu’il devait être très riche au prix de ses consultations. Le vétérinaire devait encore venir quand une vache s’étranglait avec un bout de betterave trop gros qui ne passait pas. L’homme de l’art repoussait ce corps étranger dans l’estomac avec un long écouvillon flexible. Les vaches vêlaient une fois par an. Quand le moment approchait, l’animal était surveillé et ramené des pâtures à la ferme. La dilatation commençait et le spécialiste de la ferme, il y en avait toujours un, en général un homme, plongeait son avant bras dans l’utérus de la vache pour vérifier que la tête du veau se présentait bien, pour placer ses pattes en long, pour mesurer le travail qui restait à faire et annoncer le sexe de l’animal. Une fois le veau engagé, on attachait ses pattes à deux cordes non tressées pour ne pas blesser la mère. Aux deux autres extrémités, elles étaient attachées à de courts bâtons, les assistants tiraient au rythme des contractions pendant que « l’accoucheur » continuait à guider le veau dans le ventre de sa mère; enfin tout allait soudainement très vite et le petit, tâché de sang, luisant de mucus, glissait sur la paille, déjà prêt à se lever. Une génisse était toujours appréciée mais un petit mâle permettait un gain plus rapide puisqu’on pouvait le vendre gras au bout de quelques mois. Le petit était bouchonné, nourri au pis de sa mère, tandis que l’on attendait la délivrance. Les vaches qui avaient eu du mal à vêler restaient allongées par terre, à bout de forces ; une bouteille de vin blanc additionné de sucre, versée dans leur gorge, les rétablissait. Personne ne regrettait la bonne bouteille tirée de la cave familiale. Si en général les vêlages se passaient bien, quelquefois il fallait encore faire appel au vétérinaire pour découper le veau mort-né dans le ventre de sa mère.

 

Extrait de :

 paysan Artois ABÉCÉDAIRE DU MONDE PAYSAN 
  La campagne d’Artois vers 1950
 
  Dominique Voisin

 14 x 21 cm - 148 pages  avec cahier-photos N/B 

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