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La fable du meunier et du pendu sous Louis XIV à Drucat

 

La fable du meunier et du pendu sous Louis XIV à Drucat

Joe Seager : Le Pendu (« Ecce »). Dessin de 1854. Maison de Victor Hugo, Paris.

 

Il était une fois, au temps du Roi-soleil, un homme qui était le meunier de Drucat près d’Abbeville. Un jour, il passait avec son chariot et son charretier à proximité d’une gibet. Un voleur pendu la veille s’y balançait. A voir la tête qu’il faisait, on pouvait penser qu’il filait un mauvais coton, mais il semblait encore vivant. La pitié s’empara du meunier qui descendit de son chariot et décrocha le pendu. Il le mit dans son véhicule et l’emporta chez lui. Homme au grand cœur, il se dépensa sans compter pour tenter de le ramener à la vie. Tant et si bien qu’au bout de deux semaines, notre voleur se portait comme un charme. Le meunier envisageait de le laisser partir, doté d’une petite bourse garnie afin qu’il ne fût pas tenté de commettre quelque nouveau larcin. Lorsqu’un dimanche il le laissa seul un moment à la maison, sur sa bonne mine, il ne le retrouva pas au retour. Le ressuscité avait emporté dans sa fuite le sac de son hôte. Profondément vexé, le meunier sortit ses mulets, sauta dessus avec ses deux fils et son charretier. Et ils partirent sur les traces du fuyard, d’après les renseignements qu’on leur avait donnés. Celui-ci avait repris le chemin de la potence, donc le meunier et ses accompagnateurs le retrouvèrent non loin de l’arbre qui avait servi de gibet. L’occasion était à saisir au plus tôt, avant que l’autre ne prît la poudre d’escampette. Notre meunier se précipita, saisit l’homme et le secoua si fort qu’il s’affala et resta sur le carreau : il était mort pour de bon cette fois-ci. Informé de l’événement, le procureur du roi au présidial d’Abbeville fit décréter la prise de corps du meunier et de ses complices. Il leur fut conseillé de prendre la fuite et de requérir ensuite des lettres de rémission. Elles furent établies par M. Guisain, secrétaire du roi, qui les présenta à Monsieur le chancelier (ministre de la justice). Ce dernier ne voulut pas les sceller sans avoir diverti le roi avec cette histoire. Elle s’est passée sous le règne de Louis XIV et elle est plus qu’une fable. C’est une anecdote vécue qui fit grand bruit à l’époque, puisqu’elle est relatée dans l’annuaire de l’arrondissement d’Abbeville de 1849.

 Gérard Devismes

 

Extrait de :

Picardie maritime
 HISTOIRES INSOLITES 
 DE PICARDIE MARITIME 
 
  Gérard Devismes 
  
  14.5 x 20.5 cm - 282 pages 
 
 
 

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