
Pour visiter le Collège et la Chapelle renfermant les mausolées du duc et de la duchesse de Guise, on prend, à l’est de la place Carnot, à droite de la Halle, la rue du Collège, où l’on aperçoit bientôt devant soi la façade de la Chapelle, et à gauche la porte d’entrée du Collège. Le Collège d’Eu fut fondé, suivant acte du 9 janvier 1582, par Henri de Lorraine, duc de Guise, et Catherine de Clèves, son épouse, qui dotèrent cet établissement et en confièrent la direction aux Jésuites, avec mission de professer tous les cours jusqu’à la logique. Exilés par une lettre royale de 16o3, les Jésuites rentrèrent quatre ans après, et augmentèrent plus que jamais leurs biens, jusqu’en 1762, date à laquelle ils furent définitivement expulsés du Collège d’Eu. Le Collège se compose de trois parties : la partie qui se trouve à l’entrée est la plus ancienne : elle comprend quatre corps de bâtiments, dont deux en retour d’équerre s’ouvrant vers le sud-est. La deuxième partie, de construction plus récente, bâtie sur l’emplacement de l’ancien Hôpital normand, présente un développement assez grand au nord de la première partie ; et enfin la troisième partie, qui a été construite depuis quelques années seulement, dans la cour, vers la chapelle. Sur le fronton de la voûte donnant accès de la cour d’entrée dans une cour intérieure, on remarque les armoiries du duc de Guise et de Catherine de Clèves, ainsi qu’une grille datant de la fondation.
Le Collège possède une Bibliothèque, qui fut considérablement augmentée par le duc de Dombes ; elle est riche en manuscrits et serait surtout précieuse pour l’ordre des Jésuites. La façade de la Chapelle du Collège est à trois portes flanquées de deux tourelles octogones, couvertes d’un dôme ; elle porte l’inscription suivante : «L’illustrissime dame Catherine de Clèves, épouse de Henri de Guise, qui s’est immortalisé dans la guerre, vit cette chapelle construite à ses frais, la veille des calendes d’août, l’an MDCXXIV ». Au-dessus de cette suscription, deux anges d’un dessin assez naïf, supportent un écusson, où était inscrit le monogramme du Christ. L’Eglise des Jésuites, primitivement dédiée à saint Michel, renferme les magnifiques tombeaux de Henri de Lorraine, duc de Guise surnommé le Balafré, et de la comtesse de Clèves, son épouse. Catherine de Clèves, épouse du Balafré, venait souvent à Eu. Elle accompagna sa fille, la princesse de Conti, exilée de la cour par Richelieu, et, cette dernière étant morte quelques jours après son arrivée, dans des conditions qui firent naître d’étranges soupçons, son corps fut inhumé dans la chapelle Sainte-Catherine du Collège. Ces mausolées, en marbre, sont placés sous les deux ceintres qui séparent, à droite et à gauche, le sanctuaire des deux Chapelles terminant les galeries latérales. A gauche, « le duc de Guise est représenté couché sur une table de marbre noir, la tête appuyée sur la main droite. Il porte la cuirasse des jours de bataille et l’écharpe lorraine bien connue des ligueurs. Au-dessus d’une arcade semi-circulaire, en brèche sanguine, il est représenté à genoux devant un prie-Dieu ; le manteau ducal tombe de ses épaules en longs plis moelleux. A la partie inférieure du tombeau se trouvent des bas-reliefs de marbre blanc ; et, à côté du mausolée, deux statues, la Prudence et la Force. Placée du côté de l’Epitre, la tombe de Catherine de Clèves est vis-à-vis de celle de son mari et traitée dans le même genre. La duchesse est couchée à demi et paraît endormie, un livre d’heures à la main. Au-dessus de la voûte, agenouillée, en prière, elle est représentée vêtue d’un riche costume d’apparat et couverte du manteau ducal. Debout sur des socle, la Charité et la Foi gardent ce tombeau ». Par un incident singulier, sur la joue de Catherine de Clèves s’est rencontrée une veine de marbre noir, qui eût mieux représenté la balafre du duc. Ces chefs-d’œuvre de sculpture ont été exécutés au commencement du XVIIe siècle, sur les ordres de Catherine de Clèves. Ils sont attribués par les uns au célèbre sculpteur français Germain Pillon, et par l’autres, avec plus de vraisemblance, à Gillot, de Gènes. On sait qu’ils ne contiennent pas les restes du fameux duc de Guise, dont les cendres furent jetées dans la Loire, par ordre de son royal assassin. Pendant son séjour à Eu, Louis XIII vint prier dans la chapelle du Collège, et la Grande Mademoiselle y assista, avec sa petite cour, aux premiers sermons de Bourdaloue. On remarque aussi, dans cette Chapelle, d’assez jolis fonts baptismaux, du XVe ou XVIe siècle. Par son admirable situation, le Collège d’Eu occupe toujours une bonne place parmi nos établissements universitaires. Dans le rapport présenté en 1898, il a été classé comme le 2° collège de l’Académie de Caen.
Jules Périn et Paul Cagé
Extrait de :

EU ET SES ENVIRONS À LA BELLE ÉPOQUE
Jules Périn et Paul Cagé
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