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Voilier arrivant au port, quai Perrée
L’arrivée à Abbeville, en 1665, du manufacturier middelbourgeois Josse Van Robais, devait avoir bientôt une certaine influence sur l’activité du port de Saint-Valery. Le commerce des draps prit dans la région, grâce à l’habileté du négociant hollandais, une extension considérable et acquit, peu après, une renommée universelle. Louis XIV, qui voulait favoriser le développement de cette industrie, combla Van Robais de faveurs, lui fit l’avance de capitaux énormes, lui accorda certains privilèges et défendit même, par édit, d’établir aucune fabrique similaire à celle du manufacturier middelbourgeois, non seulement à Abbeville, mais à dix lieues aux alentours.
Les navires dont la cargaison était destinée à la manufacture d’Abbeville, d’autres, qui emportaient ses produits pour l’Espagne, le Portugal, l’Italie, et pour plusieurs autres contrées de l’Europe et de l’Amérique, passaient par le port de Saint-Valery. Van Robais crut pouvoir se dispenser d’acquitter aux octrois de Saint-Valery les droits perçus ordinairement sur les marchandises, et en particulier sur les grains et les charbons de terre. La ville, sans s’occuper de l’immunité que la faveur du roi accordait au grand manufacturier, rendit une sentence, le 25 juillet 1679, contre Van Robais, pour le paiement des droits ordinaires sur mille setiers de blé et vingt muids de charbon. Une partie de la marchandise fut saisie par l’argentier municipal.
Van Robais et Pierre Foucques, associés pour cette affaire de grains et de charbons, se retournèrent contre l’argentier, Nicolas Mannier. Mais celui-ci s’abrita derrière la ville, et l’échevinage, du reste, couvrit sa responsabilité.
Les deux riches négociants abbevillois obtinrent une sentence du présidial d’Amiens, en mai 1684, contre Nicolas Mannier, mais l’échevinage valericain, loin de se tenir pour battu, en appela au Conseil d’Etat.
Les maïeur et échevins obéissaient peut-être à des vues étroites en suscitant des difficultés à Van Robais, en entravant en quelque sorte l’essor d’une précieuse industrie. Mais l’échevinage, imbu d’idées pratiques d’intérêt foncièrement local, ne voyait devant lui que deux gros fraudeurs abbevillois.
Il n’en maintint pas moins strictement les droits de la ville, là où le roi lui-même avait abandonné les siens. Saint-Valery était ainsi entré dans une voie où Abbeville même devait le suivre. Plus tard, les anciennes fabriques abbevilloises, où l’on employait la laine et le coton, durent fermer leurs portes, et les ouvriers qu’elles occupaient furent contraints par la misère, d’abandonner la ville. Les échevins abbevillois s’opposèrent bientôt au renouvellement des privilèges que Josse Van Robais avait obtenus.
Extrait de :
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Le port de Saint-Valery-sur-Somme
par Adrien Huguet