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La justice municipale à Abbeville et XIIIe et XIVe siècles

Hôtel-de-ville ou Grand échevinage d'Abbeville, collection Macqueron

On appliquait à Abbeville pour les condamnations capitales quatre espèces de supplices. On pendait, 0n tranchait la tête, on brûlait, on enfouissait tout vif ; mais plus ordinairement on pendait.
Les exécutions avaient rarement lieu dans l’enceinte de la ville, car cette enceinte eût été souillée. Les condamnés étaient conduits avec une grande solennité hors des portes (1), et fréquemment pendant la nuit. Le bourreau, avant d’exécuter le condamné, lui présentait un gobelet rempli de vin, et les magistrats municipaux, par un reste de pitié, lui accordaient, dès le XIIIe siècle, un prêtre pour l’assister dans ses derniers moments. Cette circonstance mérite d’être signalée, car on sait que ce fut seulement en vertu d’une ordonnance de Charles VI de 1396, que les condamnés à la peine capitale obtinrent la liberté de réclamer les secours de la religion ; mais le sacrement de l’Eucharistie leur était encore refusé, à Abbeville comme ailleurs, dans le dernier siècle.
Nous ferons remarquer aussi que les supplices n’étaient pas les mêmes pour les hommes et pour les femmes: les hommes étaient pendus, les femmes étaient brûlées ou enterrées vivantes ; « car la pudeur ne semblait point permettre qu’on les fît mourir à la potence. »
Après le supplice des criminels, on se rendait à leur domicile pour délivrer les meubles aux agents du seigneur, et on démolissait ensuite la maison.
La peine de mort et le bannissement, sous pareille peine, entraînaient la confiscation des biens, meubles et immeubles. Cette confiscation, prononcée par la coutume du Ponthieu, était faite dans l’origine au profit du comte, et plus tard au profit du roi, après la réunion du comté à la couronne.

1- Les fourches patibulaires étaient alors placées sur le chemin de Drucat ; on les transporta ensuite au sommet de la côte où passe aujourd’hui la grande route de Calais. C’est ce qu’on appelait la Justice de la Ville, et c’est là que les femmes étaient enfouies toutes vives. On pendait aussi quelquefois au gibet d’Epagnette ; mais on brûlait toujours à la Barre-aux-Quevaux, près de la porte du Bois, dans les environs du cimetière public.

Extrait de :

 

ABBEVILLE ET LE PONTHIEU

ENTRE LE XIe ET LE XVIIIe SIECLE

 (Mœurs, Usages, Etat physique...)

 François-César Louandre
  15 x 21 cm - 192 pages

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