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LA PICARDIE : RÉCITS HISTORIQUES - VOLUME 1
Collectif
Format 15.8 x 24 cm - 186 pages - illustrations
et reproduction de cartes postales anciennes
ISBN 978.2.35637.125.6
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Les Ets Saint, à Flixecourt et l’Etoile vers 1898.
M. Jules Saint, un des chefs de la maison, avait bien voulu autoriser ma visite, il m’a fourni sur cette grande industrie la plupart des détails qui vont suivre et m’a fait accompagner dans deux des établissements, les Moulins Bleus et Flixecourt, pour me permettre de me rendre compte du travail qui aboutit à transformer en sacs, bâches ou câbles, le chanvre, le jute et le lin.
Peu d’industries ont eu un plus grand et rapide développement que celle-là. Elle mérite d’’autant mieux d’être signalée et étudiée que le jute, base principale de sa fabrication, est surtout travaillé dans ce coin de Picardie. Sauf Dunkerque qui, depuis quelques années, se livre à cette production, la vallée de la Nièvre de Picardie et un peu la vallée d’Airaines ont le monopole de la production des toiles à sac.
Dans la contrée même, la plupart des usines, et les plus considérables, appartiennent à la maison Saint. Les autres établissements sont installés à Picquigny, Ailly-sur-Somme et, pour la fabrication à la main, Allery.
L’origine de cette industrie est fort modeste, elle remonte à un peu plus de cent ans. Trois frères : Pierre, François et Aimable Saint, habitant Beauval, eurent l’idée de recueillir les étoupes provenant du peignage du lin et d’en faire des fils destinés au tissage de la toile d’emballage, article alors peu usité. Le succès vint, rapide, il fallut s’étendre, ramasser tous les déchets de textiles pour les amener à Beauval. Le commerce amiénois fit un grand emploi de ces étoffes grossières, les villes du Nord s’en servir à leur tour ; un des frères Saint alla installer une maison de vente à Rouen, où le commerce fit un tel usage de toiles que la partie la plus considérable de la fabrication trouva son débouché dans la grande cité normande. Bientôt le marché de Paris s’ouvrit à son tour. Les frères Saint avaient de nombreux enfants qui trouvèrent tous des fonctions pour la fabrication et la vente.
Mais l’on continuait à fabriquer à la main, au moyen de déchets de chanvre et de lin. Quand le jute fit son apparition en France, il fut utilisé au bord de la Nièvre picarde, son bas prix permit de donner à la production un développement nouveau. En 1840, on le filait à la main ; dès 1841, il fut possible de le filer mécaniquement. Mais ce textile était rebelle au tissage mécanique : vers 1856 seulement, les frères Saint parvinrent à tisser sur des machines le fil si fragile dont la mise en œuvre semblait condamnée à rester l’apanage du tisserand à domicile. L’année suivante, toutes les difficultés avaient disparu, ce progrès permettait de réduire bientôt de moitié la valeur des toiles fabriquées. On est parvenu à ce tour de force de donner certaines toiles d’emballage à 15 centimes le mètre carré, de livrer une pelote de ficelle pour 10 centimes. On s’explique maintenant la quantité énorme de toile employée pour l’expédition des marchandises.
Le premier tissage mécanique fut créé cette même année 1847, mais Beauval, jusqu’alors centre de la fabrication, ne put recevoir cet établissement, le bourg manque d’eau, il était et semblait devoir rester à l’écart des lignes ferrées.
C’est pourquoi l’on fit choix de Flixecourt, situé en un point où la Nièvre, toujours limpide et abondante, est à proximité de la Somme canalisée et du chemin de fer de Paris à Calais. Un embranchement industriel ne tarda pas à relier la gare d’Hangest à l’usine.
Celle-ci fut promptement insuffisante : en 1861, on créait l’usine d’Harondel ; en 1863, la filature de Saint-Ouen ; en 1883, la fabrique de toile à voiles des Moulins Bleus, au confluent de la Nièvre et de la Somme, était achetée ; en 1887, ce fut le tour de la filature et tissage de lin de Pont-Remy, près d’Abbeville ; plus tard, les vastes établissements de Gamaches, filature et tissage de coton, entraient dans la liste des établissements Saint frères.
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Flixecourt, la sortie de l’usine