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Une visite dans la vallée de la Noye en 1900

 

Une visite dans la vallée de la Noye en 1900

 

Thézy-Glimont, Juillet.
J’ai quitté Breteuil à pied, ce matin, pour suivre la vallée de la Noye et, par le curieux village de Paillard, gagner le château ruiné de Folleville qui, par son élégante tour dressée au-dessus des laides collines crayeuses, arrête un instant l’attention des voyageurs allant de Paris à Calais ou à Lille.
La Noye vient de naître à Breteuil, d’abondantes sources vives issues de la craie. Elle s’égare aussitôt en bras marécageux au fond d’un vallon, entre des collines nues. Comme tous les autres cours d’eau de cette partie de la Picardie, elle tient à la fois de l’étang, du marais et du ruisseau. Ailleurs ce serait une laide rivière ; ici, par la végétation verdoyante des rives, les bois plantés sur la terre tremblante, les tourbières et, les prairies contrastant avec le sol d’un blanc sale, elle est un ornement.
De Paillart, où le ru de Rouvroy, dont le Vallon est longé par le chemin de fer, se jette dans la Noye, un chemin monte à Folleville par des pentes assez raides où les moissons, encore vertes malgré la saison, masquent insuffisamment la terre maigre. Au sommet d’une haute croupe, sont les ruines, entourées d’un fossé profond, où des arbustes ont crû. Des pans de mur, une grosse tour, et surtout, la tour du guet, svelte et fière encore, sont tout ce qui reste de la forteresse ; cette tourelle est, une œuvre curieuse, large et cylindrique jusqu’à la hauteur des murailles voisines, entourée à ce niveau par des corbeaux qui durent supporter une galerie, elle se continue par une construction hexagonale puis, bientôt, s’achève en un polygone à douze côtés. Un escalier à vis conduit à la plate-forme sous laquelle quatre gargouilles sculptées rejettent l’eau tombée de la terrasse. L’élégance de cet édifice, la situation du château au confluent de deux vallées, la charmante église du village, le superbe tombeau d’un des seigneurs, montrent que le domaine était un des plus considérables de la Picardie.
Des collines, sur lesquelles sont bâtis Folleville et son voisin Quiry-le-Sec, la vue est étendue mais monotone. On découvre une immense étendue du plateau picard, striée d’innombrables ravins secs creusés dans la craie. Cependant, les bois, assez nombreux, enlèvent au paysage un peu de sa tristesse. Au pied du coteau, la vallée de la Nove s’allonge régulière, toute verte, criblée d’étangs aux rives rectilignes dont la nappe étincelle entre des amas de matière brune, tranchant crûment sur la verdure. Ces eaux miroitantes indiquent les parties du marais où la tourbe a été extraite, les amas noirs sont les tas de tourbe desséchée.
Par les pentes creusées de carrières, un chemin conduit au village de la Faloise, bâti au nord de la Noye, au flanc des coteaux de la rive gauche. Jusqu’à Hanneville, il se tient à mi-hauteur pour descendre au bord de la rivière qui va devenir une véritable rue de villages et d’usines. Le gros bourg d’Ailly-sur-Noye montre de hautes cheminées de manufactures. L’industrie est, en quelque sorte, agricole : on fabrique du sucre et de l’alcool avec les produits du pays. Le voisinage d’Amiens a fait naître des filatures de lin et une fabrique de mèches de lampe. Une partie des habitants vivent de l’exploitation de la tourbe.
 

Ardouin-Dumazet

 

Extrait de : 

 Villes & Villages AILLY-SUR-NOYE ET SON CANTON
   Jules Mollet
   15 x 21 cm - 132 pages - avec cartes postales anciennes

 

 

 

 

 

 

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