Tancarville (Tancardi Villa) est un village situé sur les bords de la Seine, à 30 kilomètres à l’est du Havre, dans le canton de Saint-Romain-de-Colbosc, et peuplé par 386 habitants. Sur le coteau presque à pic qui domine le fleuve s’élèvent les ruines de l’antique manoir des sires de Tancarville, derniers débris d’une puissance dont le nom même est oublié aujourd’hui. L’existence de ce château paraît remonter au XIIe siècle. Les sires de Tancarville étaient héréditairement chambellans des ducs de Normandie, rois d’Angleterre. L’un d’eux accompagna Richard Cœur de Lion à la croisade et n’en revint pas. Quand Philippe-Auguste s’empara de la Normandie, il dut se faire un ami du sire de Tancarville, auquel il maintint ses privilèges. Un des droits dont il lui assura la jouissance fut de lever, sur tout navire allant à Rouen et venant d’Irlande, un singulier impôt, qui consistait en un oiseau de proie, un autour, ou, dans le cas où le navire aurait négligé de se munir de ce bizarre tribut, seize sous. L’histoire mentionne les seigneurs de Tancarville, l’un comme ayant combattu à Bouvines, auprès de Philippe, l’autre comme ayant suivi saint Louis à la croisade, pendant laquelle il mourut. Son cœur, selon sa dernière volonté, fut rapporté en Normandie par un de ses hommes d’armes. L’avant-dernier des seigneurs de cette forte race fut Robert de Tancarville, tué auprès du comte d’Artois dans la guerre de Flandre. Son fils, qui avait épousé la fille d’Enguerrand de Marigny, mourut jeune ; en lui s’éteignit cette illustre maison et le cri de guerre de ces preux : Tancarville à Nostre-Dame ! ne retentit plus dans les batailles. La sœur de Guillaume porta son héritage dans la maison de son mari, Jean de Melun. Le château passa ensuite aux d’Harcourt ; ce fut à cette époque que les Anglais s’en emparèrent. Sous Charles VII, Tancarville fut rendu à Guillaume d’Harcourt, qui avait vaillamment servi la France auprès de Xaintrailles et de Dunois. Ce fut au fils de ce dernier qu’échut par héritage l’antique manoir ; dès lors Tancarville ne fut plus qu’une des possessions de la puissante famille des ducs de Longueville et perdit de son importance. Lorsque les protestants eurent, sous Charles IX, livré Le Havre aux Anglais, ceux-ci s’emparèrent par surprise du château ; Michel de Castelnau le reprit peu de temps après. Pendant les guerres de religion, Tancarville fut successivement le point de mire des différents partis ; mais bientôt le vieux manoir allait sortir de ces mains seigneuriales pour passer un moment dans celles d’un financier. En 1709, la duchesse de Nemours (de la maison de Longueville) vend Taucarville au comte d’Evreux ; celui-ci y fait bâtir le château moderne, bien délabré aujourd’hui, qui s’élève sur le plateau, au milieu des anciennes constructions. A peine le château est-il bâti que le comte s’en dégoûte et le vend au fameux Law ; mais cette vente fut résiliée plus tard, et le comte d’Évreux, rentrant en possession du château, le vendit au duc de Luxembourg (Montmorency).

Il resta dans cette maison jusqu’à la Révolution ; confisqué à cette époque comme bien d’émigré, on le trouve loué, en 1796, moyennant cent francs par an. Donné aux hospices du Havre par le premier consul, rendu ensuite par Charles X à Mme de Montmorency, qui s’engageait à payer une indemnité de 6 000 francs aux hospices dépossédés, le château de Tancarville, après tant de vicissitudes, doit aujourd’hui toute sa valeur à sa situation pittoresque et aux souvenirs que l’histoire a attachés à ses pierres noircies par le temps. Bâti sur un plateau triangulaire, dont la Seine et deux ravins forment les côtés, il attire les regards du voyageur par sa masse imposante. C’est, avec une pierre mégalithique, tout ce que ce village offre de remarquable.
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