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Printemps 1917, la ligne Hindenburg

 

Dès l’automne 1916, devant la nouvelle guerre d’usure que devenait l’offensive de la Somme, le maréchal Hindenburg songea à faire, en 1917, un repli stratégique derrière un puissant système défensif. Le projet était de construire une ligne de fortifications, large de 12 à 15 km, droit à travers les plaines du Cambraisis et du Vermandois, passant par Cambrai, Saint Quentin, et La Fère, et s’appuyant au nord, sur la ligne Siegfriedstellung et au sud, sur la ligne Wotanstellung, déjà existantes. Elle tenait compte aussi de défenses naturelles comme les rivières Escaut, Somme, Oise, ou encore le canal de Saint Quentin. Le tracé utilisa de manière rationnelle tous les obstacles de terrain. Une pareille installation n’épargna pas la population de villages entiers qui furent évacués, pour la seule faute d’être trop près, ou sur la ligne (Bony, Bellenglise, le Catelet...). Les travaux commencèrent en septembre 1916. Pour les effectuer, les Allemands utilisèrent en masse des prisonniers russes qui connurent la famine, la brutalité, voire la torture. Très vite leurs camps devinrent des camps d’extermination et la population locale qui aurait souhaité les aider en reçut l’interdiction, assortie de menaces, de coups, d’arrestations en cas de désobéissance. Vinrent les rejoindre, des prisonniers civils, belges ou français entre autres, venant des régions occupées. Et comme les travaux n’avançaient pas encore assez vite, les Allemands envoyèrent leurs prisonniers de droit commun. Tenant compte de Verdun et de la Somme, les concepteurs de cette ligne cherchèrent surtout à éviter l’écrasement par les bombardements des organes vitaux de la défense : la largeur, 12 à 15 km, 26 Tracé de la ligne Hindenburg. éviterait ainsi une canonnade sur toute la zone, sans que l’ennemi ait à se déplacer ; ils camouflèrent et disséminèrent le plus possible, à la vue aérienne ou terrestre, les installations dans un labyrinthe de tranchées. Le béton armé fut utilisé essentiellement. Il permit de construire des casemates très profondes, des blockhaus espacés de quelques centaines de mètres, des sapes, des fortins tous les 100 à 150 m. Les murs avaient en général 1, 50 m. d’épaisseur. Les tunnels du canal de Saint-Quentin (Tronquoy et Riqueval) furent également fortifiés avec en base des péniches coulées qui servaient à la fois de plancher, de dortoirs, d’infirmerie... Des voies ferrées de 0, 60 et une plus large furent aussi installées. A peine installés, les Allemands subissent des attaques répétées contre leur ligne, menées par les Britanniques et les Français, mais il n’y a pas de résultat. Avec la capitulation de la Russie, les Allemands peuvent maintenant ramener des troupes et du matériel derrière la ligne Hindenburg. C’est ainsi qu’ils vont regrouper un million d’hommes qui le 21 mars 1918 attaqueront dans une formidable “percée” sur un front de 80 km. La ligne Hindenburg sera prise et détruite le 7 octobre 1918.

Printemps 1917, la ligne Hindenburg

LE ROYAUME DES MORTS ou LOKAL ANZEIGER

Au printemps 1917, les Allemands voulant sortir de la guerre d’usure et économiser les hommes, vont donc organiser un repli discret et méthodique sur la ligne Hindenburg. Ils laisseront derrière eux, dans le Santerre et dans tout l’est du département de la Somme, dans l’Aisne également et dans l’Oise “le royaume des morts”. Dans toutes les communes qui étaient encore occupées par l’ennemi, en mars 1917, on commença par évacuer toute la population dans des conditions souvent dramatiques entraînant la désintégration des familles, l’humiliation systématique, la négation de tout sentiment humanitaire... Ensuite, tout ce qui restait encore debout ou qui était encore utilisable fut trié et emporté et on passa à la destruction méthodique : · bâtiments brûlés ou dynamités avec les murs entaillés auparavant pour que l’explosion soit plus efficace. · sources et puits empoisonnés au fumier ou au carbure. · objets de la vie courante, éventrés, écrasés, percés... · arbres fruitiers et forestiers sciés à 50 cm ; on a même arraché les fraisiers et les groseilliers ! · tous les matériaux récupérables sont emmenés près démontage : zinc des gouttières, métal des cloches, bronze des statues, troncs d’arbres. · matériel agricole saccagé... Jusqu’aux archives communales qui seront ou détruites ou emmenées : plus d’état-civil, les traces des événements, des décisions passées n’existent plus. On a gommé les souvenirs, la mémoire, l’existence même des habitants. Après la guerre, il faudra reconstituer l’état-civil, souvent à partir de déclarations sur l’honneur des gens. On retrouve encore dans les mairies, à Dompierre-Becquincourt par exemple, ces fiches reconstituées, toutes écrites de la même main (celle de la personne payée pour les refaire – on peut même connaître le montant de sa rétribution). Début 2007, le diocèse de Laon vient seulement de retrouver ses archives qui remontaient à l’Ancien Régime, après intervention du pape en Bavière.

 

Extrait de : 

La "grande" histoire  1914-1924 ; 26 COMMUNES DANS LA TOURMENTE 
    

  Francine François-Dejuine

   20 x 29 cm - 188 pages

  Pour en savoir plus sur ce livre...

 

 

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