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« Pour vivre heureux, vivons cachés. »

 

La nature hier et aujourd'huiLA MEUTE

Bruno Voland

 
Illustrations : Alain Bougelot

14 x 21 cm - 104 pages - Illustrations - Récit

Pour en savoir plus sur ce livre...

 Extrait :

     Irkou, au bruit de la brindille, s’est aplati sur le sol. Il reste encore une quinzaine de mètres entre lui et sa proie. 
Cela fait plus d’une demi-heure qu’il chasse l’ongulé. Il l’a senti alors qu’il longeait la vallée. Très bien placé, à contre vent, il décida alors de tenter une approche, d’autant qu’il décela l’anxiété de l’animal. Il combla silencieusement les trois cents mètres qui le séparaient de la prairie. Les deux jeunes qui le suivaient se mirent à son train, à ses ordres. Ils se fièrent entièrement à lui. Puis le grand mâle s’arrêta. Il les regarda de ses yeux en amande, le jaune d’or étincelant dans le crépuscule et leur intima de ne plus
bouger. C’est ce que fit Louga, la femelle d’un an. Omsou, son frère était beaucoup plus excité. Quelques minutes plus tard, il fit l’erreur de marcher sur une branchette, provoquant un bruit sec qui les tétanisa.

 

« Pour vivre heureux, vivons cachés. »


      La scène est figée. Irkou prend donc l’initiative. Le brocard est concentré sur la forêt. Le loup avance pas à pas, tout à sa proie, les poils du dos aplatis. Inexplicablement, le chevreuil n’a pas fui. Irkou en profite pour combler le maximum de distance. Il est à moins de dix mètres des quelques trente kilos de nourriture. Le brocard se rend compte de sa présence, fait volte-face et s’enfuit en lançant une sorte d’aboiement bref. Au premier mouvement, le loup s’est détendu. En quelques mètres à peine, il a dépassé les quarante kilomètres heure. Voyant la distance entre lui et sa proie diminuer, il ne coupe pas son effort. Dans le cas inverse, inutile d’insister. Cent mètres plus loin, alors que l’ongulé, dont la patte est de plus en plus douloureuse, pénètre dans le bois, Irkou est presque à sa hauteur. Il ne lui faut que dix mètres supplémentaires pour se porter à son flanc. Le chevreuil est à bout. Il ne tente aucune manœuvre, ne s’arrête même pas pour affronter son agresseur. La partie est perdue. Il sent à peine la puissante mâchoire se refermer sur sa gorge. Il culbute au sol et n’est pas encore immobilisé que la vie quitte ses yeux.

 

« Pour vivre heureux, vivons cachés. »

 

 

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