Le terrain qu’on annexe aux maisons d’école est destiné à devenir surtout un jardin potager-fruitier. L’instituteur doit d’abord préférer l’utile à l’agréable. Il cultivera des légumes pour la consommation de son ménage et il élèvera des arbres fruitiers pour se servir de leurs produits et pour démontrer aux populations au milieu desquelles il vit les avantages qu’on recueille en faisant de bons choix dans les espèces fruitières et en dirigeant avec soin et intelligence les arbres qu’on plante dans son jardin. L’horticulture ainsi pratiquée comprend deux divisions principales : la culture maraîchère et l’arboriculture.
JARDIN FRUITIER :
Le jardin fruitier d’un instituteur ne consiste guère que dans les arbres qu’il peut planter autour de ses carrés à légumes et dans ceux avec lesquels il tapisse les quelques murs dont il dispose. Très peu d’instituteurs ont un terrain assez étendu pour pouvoir se faire un verger distinct du jardin potager. Nous raisonnerons donc dans cette hypothèse qui est la situation à peu près générale de nos maisons d’école. Nous avons dit, dans un chapitre précédent, qu’un instituteur ne peut pas songer avec ses seules ressources, à entretenir un potager-fruitier qui ait plus de 7 ares. Dans notre raisonnement nous prendrons la moyenne, 5 ares qui présente une bonne grandeur. Ceux des maîtres qui disposeraient d’un terrain de 8 ou 40 ares devraient consacrer une partie de leur enclos à se faire un verger plus ou moins grand suivant l’étendue qu’ils donneraient à leur potager. Dans ce cas, ils planteraient des arbres à haute tige, en ayant soin de ménager assez d’espace entre leurs sujets pour pouvoir utiliser le sol du verger en plantant des légumes de grande culture, ou en semant des graines pour les besoins de leur ménage. Ce qu’il importe donc pour les fonctionnaires dont nous nous occupons, c’est de traiter surtout la question du jardin potager-fruitier. Lorsqu’on possède un enclos assez vaste, il faut toujours s’arranger de manière à faire ses carrés de 80 centiares au moins et d’un are au plus d’étendue, que l’on dispose d’après le mode suivant pour ses plantations d’arbres fruitiers. A chaque angle des carrés on plantera une pyramide et entre chaque pyramide et à égale distance les uns des autres on mettra trois fuseaux; puis on garnira les plates-bandes extérieures d’un nombre indéterminé de pommiers disposés en cordons continus. Si les carrés sont plus longs que larges, on mettra sur chacun des côtés autant de fuseaux ou colonnes qu’il pourra en contenir, en ayant soin de laisser entre chacun d’eux un espace de 2 mètres. Beaucoup de personnes préfèrent les pyramides aux espaliers ; parce qu’elles prétendent que les premières exigent moins de temps et moins de soins que les seconds. A ces raisons qui nous paraissent peu concluantes, nous en ajouterons une autre qui a certainement beaucoup plus de valeur quand on s’occupe du jardin fruitier d’un instituteur et qui justifie la recommandation que nous faisons de garnir surtout les jardins de pyramides et de fuseaux : c’est que les espaliers nécessitent un emploi considérable de bois pour soutenir leurs branches et leurs rameaux et le renouvellement incessant de ces bois et des palissades devient assez onéreux à la longue pour qu’on cherche à s’affranchir de la dépense qu’il occasionne. Les arbres élevés en pyramides et en fuseaux ne présentent pas le même inconvénient. Cependant, tout en conseillant ces deux derniers modèles d’arbres fruitiers, nous recommanderons encore aux instituteurs d’élever des espaliers le long des murs afin de se conserver au courant des bonnes méthodes sur la taille et la direction des arbres fruitiers quelle que soit leur forme. La planche suivante est applicable à un jardin potager-fruitier de 5 ares d’étendue.

Un jardin ainsi disposé contiendra huit arbres à plein vent, situés au nord, 16 pyramides, 48 fuseaux ou colonnes, un nombre indéterminé d’espaliers et des cordons de pommiers dans les trois plates-bandes extérieures. Le sol des plates-bandes dans lesquelles on veut mettre des arbres fruitiers doit être profondément défoncé, drainé s’il est marécageux ; mais s’il n’est qu’humide on l’assainira au moyen d’une couche de 0 m20 de décombres de maisons, de platras qu’on mettra au fond de ses défoncements : de plus il devra être convenablement amendé. Les murs les mieux exposés, si on en a une certaine étendue seront garnis d’espaliers. Ces espaliers ne se composeront que d’arbres à belles tiges pris parmi ceux dont les fruits ont besoin de beaucoup de chaleur pour acquérir toute leur beauté, leur grosseur et leur parfum, tels que les pêchers, les abricotiers, les pruniers de reine-claude, quelques cerisiers et les poiriers de bon-chrétien d’hiver. Mais l’arbre auquel l’espalier le long des murs est surtout nécessaire, sous notre climat, c’est le pêcher. Si les murs sont assez élevés, on pourra faire courir, au-dessus de ses espaliers, un cordon de vigne. Quand le jardin est d’une grandeur convenable, il est toujours bon d’en réserver une partie pour en faire une petite pépinière. C’est le moyen de n’être jamais trompé sur l’espèce des fruits qu’on veut planter. On conçoit facilement qu’avec des ressources aussi limitées en terrain que le sont généralement celles des instituteurs, ceux-ci ne doivent s’attacher pour les planter qu’aux espèces les meilleures et les plus productives. Leur soin principal est donc, quand ils plantent, de faire un bon choix parmi les fruits d’été, d’automne et d’hiver.
Nous indiquerons donc, dans un tableau spécial, à la fin de ce chapitre, les espèces d’arbres fruitiers qu’il convient plus particulièrement de cultiver dans les jardins fruitiers des maisons d’école et du plus grand nombre des jardins des habitants des communes rurales. Nous diviserons ce chapitre en trois parties : la Multiplication, la Plantation et la Taille.
Extrait de :

LE JARDIN DE L'INSTITUTEUR
Jules Bidault
14.8 x 21 cm - 148 pages - Illustrations
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