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Le droit de lagan sur la côte picarde

Le droit de lagan sur la côte picarde

 

Déjà, en 1065, pris dans une violente tempête, le prince anglais Harold naviguant vers la Normandie faisait naufrage dans la rade du Hourdel où il fut capturé et retenu prisonnier avec son équipage, dans une tour de Saint-Valery-sur-Somme, par le comte de Ponthieu de l’époque. En vertu de l’impitoyable droit de lagan ou bris de naufrages que l’historien Augustin évoque ainsi : « C’était la coutume de ce pays maritime que tout étranger jeté sur la côte par une tempête, au lieu d’être humainement secouru, fût emprisonné et mis à rançon. » Ce droit barbare fut aboli en 1191. Le roi Philippe-Auguste (1180-1223) et Guillaume, archevêque de Reims, confirmèrent cette abolition. Ledit archevêque prononça l’excommunication contre ceux qui reviendraient à cette odieuse coutume. Mais il n’est pas sûr que l’interdiction fut respectée à la lettre.
On raconte que, habitués au pillage des épaves et ignorant des lois, les habitants du littoral se rendaient encore nombreux sur la côte par gros temps.
Lorsqu’un navire était en vue, ils formaient le vœu qu’il vint s’échouer sur le rivage. Parfois même, ils favorisaient le destin en promenant sur la plage une vache portant une lampe attachée à une corde qui retenait ses cornes à une de ses pattes. Dans la brume, les mouvements de ce fanal imitaient assez bien le tangage d’un bateau. Le voyant et rassuré, l’équipage du navire qui pensait y voir une passe sans dangers, s’y aventurait et était jeté à la côte. Les survivants étaient massacrés et on s’emparait de tout ce qu’on pouvait emporter. Une ordonnance de la marine d’août 1681 confirma la défense faite au Moyen Age de s’emparer des biens et des personnes rescapés des naufrages. De sévères condamnations furent prononcées par les tribunaux et on peut dire que, peu à peu, nos compatriotes du littoral ont abandonné ce droit de pillage remontant à l’époque gauloise. Les Romains avaient bien essayé de l’interdire, mais il avait été remis en vigueur par les seigneurs féodaux, pour leur propre avantage. 

Gérard Devismes

 

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