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La peste noire à Abbeville

 

En 1596, une peste emporta huit mille morts dans tous les quartiers de la ville. Le roi Henri IV fit adopter un règlement pour freiner le développement de la peste, lequel est accepté à Abbeville à la demande de ses magistrats. Bien entendu, il est encore plus draconien que les précédents car l’affaire est devenue nationale. Voici quelques mesures choisies pour la cité d’Abbeville :
Chacun(e) est obligé(e) de jeter chaque jour dans son intérieur deux ou trois seilles (seaux en bois) d’eau. On creuse des fosses d’aisance et, si ce n’est pas possible, la maison est déclarée inhabitable, que ce soit par les locataires ou le propriétaires. S’ils résistent, leurs biens seront jetés sur le pavé. Il est interdit de vendre des vêtements, du linge, des matelas, des couvertures, etc, de tenir sa boutique ouverte et de vendre dans les rues. Les étrangers en résidence ne devront pas changer de domicile pendant l’épidémie.
Toutes les maisons suspectées de contagion seront fermées au cadenas ou à clé et leurs habitants ne devront nullement errer dans les rues, sous peine de mort. S’ils ont besoin de secours, ils doivent s’adresser aux voisins et avertir les officiers municipaux qui prendront les mesures adéquates.
En 1605, les pestiférés peuvent sortir les mardi,
mercredi, jeudi, pour prendre l’air, seulement en dehors de la ville et de minuit à une heure. Le curé de Saint-Jacques ne doit pas communiquer avec eux, pas plus que les confrères de la charité de la paroisse ne doivent les enterrer.
Si le curé enfreint l’ordre, il est menacé et s’il désobéit une nouvelle fois, il est exclu de la ville, puni d’une amende, obligé de demeurer dans sa maison fermée. Néanmoins, les dévouements ne manquaient pas, notamment chez les officiers municipaux, ainsi que de la part de prêtres. En vertu d’un arrêt du Parlement de 1635, ces derniers étaient d’ailleurs astreints à demeurer auprès des mourants pour leur donner les derniers secours et consolations. Mais ils évitaient de toucher les mourants et ne donnaient l’extrême-onction qu’avec une longue baguette au bout de laquelle était fixé de l’étoupe ou du coton imbibé des saintes huiles. Ils se mettaient sur le seuil de la porte pour donner le dit sacrement, puis ils brûlaient la baguette et s’éloignaient pour terminer les prières.

La peste noire à Abbeville


Lors d’une communion, ils enveloppaient l’hostie dans un papier, le plaçaient sur un linge blanc ou sur un siège, à peu de distance de la maison de pestiféré, et n’omettaient pas de couvrir le tout d’une pierre pour qu’il ne s’envole. Puis ils se retiraient à distance et, pendant que le malade prenait l’hostie, ils gardaient les yeux fixés sur lui tout en débitant les prières. Au cours des épidémies de 1635, 1636, 1637 (près de six mille morts et pendant plus de dix-sept mois), de nombreux Abbevillois se réfugièrent sous des tentes, en plein champ, à proximité de la porte du Bois. C’est alors qu’on remarqua que les tanneurs avaient été épargnés, comme ceux de Paris en 1568. Etaient-ce les produits chimiques (tanin et autres) qui les avaient protégés de la maladie ? On ne sut y répondre, mais il est possible que ce soit la bonne raison.
Une dernière anecdote qui prouve qu’il y avait beaucoup d’humanité au milieu de ces drames humains. En 1631, deux jeunes enfants pestiférés furent arrêtés à la porte du Bois et reconduits dans leur village de naissance, Neuilly-l’Hôpital. Or, le seigneur de cette commune qui les avait chassés, menaça de les tuer à leur retour. Les pauvres enfants furent donc obligés de revenir sur leurs pas. Fort heureusement, on les accueillit sous une des tentes dressées dans le bois d’Abbeville. Et on les alimenta sur le compte du cruel et insensible seigneur dont on dénonça le comportement à la justice.

  
En 1598, une nouvelle peste fit périr quatre mille personnes à Abbeville et huit mille autres dans les campagnes des environs (Ponthieu et Vimeu). A Abbeville, la rue de la Hucherie et les quartiers voisins étaient totalement vides et l’herbe montait à plus de deux pieds de hauteur.
 

Gérard Devismes
 

 

 

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