Écureuil
Dis qui tu hantes on te dira qui tu es.
Voilà, pour justifier le proverbe, un petit animal charmant qui, comme vous et moi, appartient à la lourde famille des mammifères; mais il vit dans les arbres avec les oiseaux et peu s’en faut que dans cette hantise il ne soit devenu lui-même presque un oiseau. Son nid, tout semblable au nid des oiseaux, en forme sphérique avec une ouverture à la partie supérieure, ouverture qu’il recouvre d’un toit pour préserver de la pluie ses petits, son nid est tissu de mousse et de bûchettes entrelacées. Ce nid solidement attaché au fourche de quelque branche, n’empêche pas qu’il ne se construise de petits terriers au pied des arbres pour y placer ses provisions d’hiver graines et noisettes. Les creux d’arbre souvent aussi servent de magasin.
Vif, léger, intelligent, soigneux de sa personne, sociable, ami du plaisir, causeur bruyant, plein de gaieté, c’est presque un oiseau, c’est presque un quadrumane ; assis élégamment sur son derrière, sa belle queue relevée comme un panache ou comme un dais au-dessus de sa tête, il se sert de ses mains pour manger, à la façon des singes. Il saute et semble voltiger sur la cime des plus grands arbres, et, de branche en branche, parcourt les forêts, sans mettre pied à terre. Innocent de mœurs, docile et caressant, tout de suite, lorsqu’on l’attrape au piège, il s’habitue avec l’homme, semble même heureux d’être en sa compagnie et le voilà qui fait tout pour lui plaire.
Il saute, il danse, fait des mimes, prend de jolies poses, essaie de parler, de chanter et de rire. Ses yeux ardents et pleins de feu n’ont de comparables pour la vivacité que les yeux des oiseaux; mais pour l’expression, ils égalent, s’ils ne les surpassent, ceux du chimpanzé.
Les écureuils ont de tout temps attiré l’attention par leur intelligence; ils passent pour avoir, avant l’homme, inventé la navigation. Quelquefois, en effet, sans qu’on en sache bien les raisons, on les voit en troupes nombreuses passer d’une forêt ou d’un pays dans un autre. Si quelque rivière ou quelque fleuve s’oppose à leur passage, comme ils ont une peur terrible de mouiller leurs belles et longues soies, ils se creusent prestement des radeaux en écorce, dressent leur queue en guise de voile, et traversent ainsi d’une rive à l’autre. Regnard affirme qu’il vit en Laponie de ces jolies flotilles, et Linné a depuis confirmé le fait.
Quelles réflexions on pourrait faire ici !
Tenons-nous en au mot de La Fontaine :
Qu’on ose soutenir, après un tel récit, Que les bêtes n’ont point d’esprit.
Extrait de :


AU JARDIN DU PERE LABECHE
Volume 1 : Les plantes - Volume 2 : Les bêtes
Eugène Noël
14.8 x 21 cm - 148 pages - (2 volumes)
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