
A la première heure de l’après-midi, le sifflet du berger de quartier se fait entendre, plus nostalgique qu’impérieux. Ce sont quatre notes modulées et traînantes dont la plume ne peut traduire le charme. Souvent, cet appel est suivi d’un vigoureux “ Brrrouttt ” sortant du gosier du pasteur. Un concert de bêlements y répond. Les moutons s’en vont aux champs.
Dans chaque rue ou quartier du village, il y a plusieurs propriétaires de moutons. Le nombre de ces moutons peut varier de deux unités à une douzaine. C’est peu, direz-vous, mais notez bien qu’il n’est pas question ici, bien sûr, des fermes importantes qui ont un troupeau à elles seules et leur berger particulier.
A l’appel du sifflet, donc, chacun s’empresse d’ouvrir la porte de sa bergerie ou de sa petite étable.
Voici le berger, coiffé d’un chapeau délavé par les pluies, drapé dans une ample houppelande, armé d’une houlette, escorté de ses chiens. De même que chaque ruisseau grossit la rivière, de même chaque étable grossit le troupeau. Les chiens jappent. Les clochettes tintent. L’appel du sifflet s’estompe, le “ ho ” (troupeau en dialecte en picard) n’est plus qu’un nuage de poussière.
Le soir, nouveaux appels. C’est le retour du troupeau. A nouveau, chaque propriétaire se hâte d’ouvrir la bergerie. Les brebis sont pressées de retrouver leur progéniture. Les agneaux attendent impatiemment la tétée. Ce sont alors des retrouvailles quasi émouvantes et un concert bruyant où les bêlements graves des mères se mêlent à ceux plus grêles et encore plus chevrotants de leur progéniture.
Charles Lecat