
La tradition veut que le château de Conty ait été construit après la destruction de ce bourg par Attila, et rasé plus tard par les Normands. Ce château fut le sujet de contestations très vives entre les seigneurs de Conty et les chanoines d’Amiens. Pendant le cours du XVe siècle, à cette époque où chaque village en Picardie eut à souffrir le joug de l’Angleterre, le château de Conty, selon une autre tradition plus probable que la précédente, fut occupé, vers 1428, par les capitaines La Hire et Blanchefort. Ce château étant en effet un des plus importants de notre province, il est facile de se figurer qu’il dût, avant sa destruction, jouer un certain rôle pendant les guerres qui désolèrent la Picardie au Moyen Age. « Sur toutes les côtières de Normandie ; dit Monstrelet, jusqu’à Pontoise, Clermont, Beauvais, Montdidier, Breteuil, Amiens, Abbeville et Saint-Valery, les Anglois gâtoient tous les pays par feu et par épée, et souvent en faisant leurs courses emmenoient proies. »
Ruiné par les Anglais dans le cours du XVe siècle, le château de Conty fut bientôt reconstruit par l’opulent Colart de Mailly. C’est à partir de cette reconstruction que ce château devint le chef-lieu d’une Cour importante, composée de vassaux nombreux. C’était un beau spectacle que celui qu’offrait le noble manoir sous la domination des Mailly-Conty. Il suffirait d’un écart d’imagination qui ne conviendrait pas à l’histoire, pour étaler sous les yeux du lecteur, les joutes, les tournois, les chasses, les réceptions brillantes dont Conty fut le théâtre à cette époque de splendeur féodale. A peine sorti de la maison de Mailly, le château de Conty retomba dans l’isolement et n’eut plus qu’une importance stratégique. Aussi voyons-nous le comte de St.-Pol, après avoir quitté furtivement Amiens, s’y réfugier au mois de septembre 1589. Vers la fin de cette même année, la forteresse de Conty cessa d’être un point de ralliement pour les royalistes, et courba son front orgueilleux sous les coups des ligueurs d’Amiens. Il serait difficile de décrire un château détruit depuis tant d’années. Cependant nous empruntons les détails qui suivent à deux ouvrages contemporains : « Le château de ce bourg existait sur une butte qui se remarque au milieu de la place ; son étendue était considérable : il tenait à l’ouest au bois de Conty, à l’est à la grande place, au sud aux masures de la rue verte, et au nord à l’église Saint-Antoine. On entrait dans ce château par quatre ponts-levis placés vis-à-vis de chaque entrée. Il avait 180 pieds de longueur sur chacune de ses faces. Au milieu était une tour de 120 pieds de hauteur, du sommet de laquelle on apercevait celles des châteaux de Folleville et de Famechon avec lesquelles on pouvait correspondre aisément en temps de guerre.
Il ne reste du château de Conty que la motte très élevée qui domine le bourg et même l’église. On y a découvert des souterrains et des caves magnifiques. Sur la butte du donjon, on a trouvé dernièrement dans un puits, maçonné jusqu’à 16 mètres, et plus bas, creusé dans le roc jusqu’à environ 37 mètres de profondeur, les objets suivants, entr’autres : le sceau en cuivre de Me Jean Le Quien dont nous avons déjà parlé ; deux ailes d’anges, en bronze ; une paix émaillée, en bronze, avec trèfles ; un Christ de Crucifix ; une monnaie étrangère ; le fer d’une épée ; des débris d’outils et de pioches ; des boulets en pierres ; un marteau à marquer les arbres, sur lequel était gravé un blason malheureusement altéré ; un cul-de-lampe, d’un beau travail, faisant sans doute partie d’une clef de voûte ; etc.
Par ce qui reste des murailles, nous avons vérifié que leur épaisseur était de 2 mètres 60 centimètres.
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