De quelque côté que l’on contemple le Château de Ham, on reste étonné par la masse imposante de ses constructions où tout respire la force. Ce n’est pas l’élégance de Pierrefonds ni la fierté de Coucy ; solidement assis dans une vallée, flanqué de tours aussi larges qu’élevées, ce château ne jette pas à l’ennemi un défi insolent, il semble l’attendre de pied ferme, sûr de pouvoir résister à ses assauts. Et ce fut aussi cette idée qui présida à sa reconstruction, à une époque cependant, où l’artillerie renversait les donjons comme l’infanterie jetait à terre la cavalerie féodale.
L’œuvre du Connétable attend une monographie dont, certes, elle est digne. Des érudits, aussi habiles à manier la plume que le crayon, ont restauré pour le plus grand profit de l’art et de la science, quelques-unes des forteresses du Moyen Age, nos connaissances ne nous permettent pas de les imiter ; nous nous contenterons d’une simple description dont le lecteur voudra bien excuser toutes les imperfections.
Il a été dit que le château primitif de Ham fut probablement une bornière, élevée par les comtes de Vermandois aux confins de leurs Etats. Les premiers seigneurs de la maison de Ham, issus de Vermandois, donnèrent sans aucun doute une plus grande importance à cette clef de leur apanage. Au commencement du treizième siècle, Odon IV fit creuser le fossé d’enceinte et fortifia si bien la position que Philippe-Auguste eu prit ombrage et fit prêter serment à son féal, au gouverneur et au maïeur de Ham de rendre à leur seigneur le roi, le château, sitôt qu’ils en seraient requis.
Le duc d’Orléans, grand bâtisseur, ayant acheté le domaine de Ham, s’occupa immédiatement d’y apporter des modifications.
Après lui, Jean de Luxembourg, continua les travaux interrompus par la mort violente de l’ancien seigneur (assassiné le 23 novembre 1407) et transporta l’entrée du fort de la courtine du Nord à la courtine de l’Ouest.
Son neveu, Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France, apporta tous ses soins à faire du château l’une des places les plus fortes de l’Europe. C’est lui qui fit édifier, en 1461, la Grosse Tour, et qui, satisfait de son œuvre, fit sculpter au-dessus de la porte d’entrée cette devise ou ce mot de son humeur : Mon mieux.
Saint-Pol, imbu des traditions féodales, n’avait compris qu’imparfaitement la révolution dans l’art de la guerre qui rendait à la fin du XVe siècle l’attaque supérieure à la défense et il avait parfait, avec ce cachet d’utilité pratique et de fantaisie apparente gravé sur toute œuvre du Moyen Age, un ensemble de fortifications qui, deux siècles auparavant, eussent résisté à toutes les armées du royaume. Sans coup-férir, Louis XI rendit ces précautions inutiles et il envoya Luxembourg, en place de Grève, expier ses trahisons.
L’enceinte du fort est restée telle à peu près que le connétable la fit exécuter. De siècle en siècle les nécessités de la défense, surtout dans les œuvres hautes, en ont modifié l’aspect qui, en général, est lourd et froid.
L’œil pouvait autrefois se reposer agréablement sur les consoles des mâchicoulis qui entouraient les tours comme d’un élégant collier et couraient ensuite le long des courtines ; mais ce pittoresque encadrement a presque entièrement disparu.
Extrait de :
HISTOIRE POPULAIRE DE HAM