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LE CHÂTEAU D'HEILLY

Le château d’Heilly était autrefois un des plus beaux de la Picardie.
Situé sur une éminence au fond d’une vallée richement plantée, il terminait le paysage et présentait une masse de tours couronnées de mâchicoulis, d’un aspect imposant.
Si l’on en croit les anciens chroniqueurs, les premières pierres du château auraient été posées en 558, sous le règne de Childebert Ier, et la fameuse tour de Ganelon aurait été construite du temps de Clotaire Ier. C’est en face de cette tour, que Charlemagne fit jurer au perfide Ganelon qu’il n’était pas coupable de la mort de son neveu Rollan, tué à Roncevaux en 778. A peine le traître eût-il prononcé ce serment, que la tour de son château se fendit, sans qu’on ait jamais pu la restaurer.
Le nom de Ganelon fut alors donné à la tour ainsi qu’à divers lieux bien connus dans le pays.
Vers le milieu du XVIIIe siècle, M. le marquis de Gouffier, à la suite d’un brillant héritage, fit restaurer complètement le château d’Heilly, et construire entièrement la façade du levant. Celle du couchant fut conservée avec ses tours, ses créneaux, ses fossés. Les terrains arides furent fertilisés au moyen de terres végétales apportées de loin, par plus de 400 bêtes. De belles rampes murées et pavées en grès ménageaient un accès facile. Enfin, pour dégager le château, on déplaça une partie du village et on reconstruisit l’église paroissiale dans un autre endroit. Dans le château on comptait cinq cours entourées de bâtiments de service ; onze pavillons destinés aux employés et serviteurs de la maison ; quatorze grilles en fer, d’une très grande valeur et ornées de sujets analogues à leur situation, et si bien ouvragées qu’elles faisaient l’admiration des connaisseurs. La grille de la chasse, entre autres, était considérée comme un chef-d’œuvre de composition et d’exécution. Sur le devant du château on avait construit un étang, appelé le Grand-Canal, qui allait d’Heilly à Ribemont et n’avait pas moins de deux kilomètres de long et une superficie de vingt hectares. Ses bords plantés de gros arbres produisaient un effet enchanteur.
Tel était le château d’Heilly, qui devint le rendez-vous des souverains, des gens de lettres et d’artistes distingués. L’abbé Delille, l’abbé de Pradt, publiciste distingué, aimaient à y passer plusieurs mois de l’année, ainsi que le prince de Talleyran-Périgord, diplomate célèbre.
Parmi les objets d’art qui ornaient le château, nous mentionnerons deux statues sorties des ateliers de Nicolas Adam, célèbre sculpteur né à Nancy en 1705 et mort en 1778. Elles représentaient Diane et Apollon et étaient dans le grand escalier d’honneur. Un autre morceau de sculpture, du même artiste, décorait le parc et représentait Angélique et Médor, sujet emprunté à l’Arioste. Angélique assise, contemple Médor gravant sur l’écorce d’un arbre ces mots : « Médor est heureux, Angélique l’aime. »
L’amour, un flambeau à la main, paraît s’intéresser à cette scène. Ce groupe colossal, donné en 1844 par M. le marquis de Chabrillan, orne actuellement l’une des cours du Musée Napoléon. Dans l’enceinte du château, on admirait la salle des archives, dans laquelle on conservait précieusement tous les titres, parchemins, chartes et documents concernant la seigneurie. Parmi les documents les plus importants, se trouvaient plusieurs lettres écrites et signées par des personnages célèbres, tels que, François Ier, la duchesse d’Etampes, le connétable de Montmorency, le maréchal de Riez, Charles IX, Catherine de Médicis et Henri IV. Ces lettres ont été recueillies avec soin par un ancien curé d’Heilly, M. l’abbé Friant. Outre ces lettres, les archives renfermaient un grand nombre de pièces importantes concernant l’histoire de la province, la noblesse de Picardie aux états de Blois, l’enquête sur la destruction du château par les Espagnols en 1636, et plusieurs autres mentionnées dans le dictionnaire topographique de D. Grenier.
Au moment de la grande révolution le chartrier d’Heilly, fut en partie détruit, ainsi que le constate le procès-verbal de brûlement.
Le château d’Heilly a eut beaucoup à souffrir des guerres et fut presque détruit en 1553 par les Espagnols, que le roi Henri II poursuivait et forçait à se retirer sur Bapaume. A l’époque du siège de Corbie, en 1636, il fut de nouveau attaqué et brûlé par les Espagnols. Suivant l’information dressée le 12 janvier 1637, devant le lieutenant-général de Corbie, il fut constaté que le château avait été brûlé par les Espagnols, et que 14 000 gros chênes avaient été coupés par eux, dans les bois d’Heilly, pour être employés à la construction des forts, devant Corbie. De plus, les soldats enlevèrent les ferrements des fenêtres et les grilles au nombre de dix, dont plusieurs d’une très grande valeur. Ce château fut immédiatement reconstruit, avec ses ponts, ses tours et ses murailles, jusqu’à ce qu’enfin, son démembrement fut ordonné en 1848. On n’y laissa qu’un seul pavillon debout, comme un témoin, pour attester la présence de l’antique demeure des d’Heilly.
 
Extrait de : 

 

 

HEILLY, SON HISTOIRE ET SON CHATEAU

par Edmond Jumel

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