• 14-18 : une famille picarde dans la tourmente

     

    Août 1914. Les Tavaux habitent Renansart, un village de l’Aisne entre Laon et Saint-Quentin. Ils ont cinq enfants. Trois garçons à la guerre, une fille disparue et la petite dernière de trois ans, Florence. Ils vont vivre l’occupation allemande. Jusqu’en 1917, ils resteront sans nouvelles des aînés et la petite Florence sera la seule raison de vivre de ses parents déjà âgés. Ils connaîtront la faim, le froid, les réquisitions et les bombardements...

     

    Extrait du récit "La Tiote" :

    Le premier obus tomba sur le cimetière.

    La tombe des parents d'Alfred, les grands-parents de Florence, fut volatilisée.

    L'instituteur réagit aussitôt. Il ordonna aux enfants de s'aplatir sous les pupitres. Lorsque tous eurent obéi, lui-même se mit à l'abri du bureau. Bien lui en prit car le second obus tomba dans la cour de l'école.

    Sous le souffle de l'explosion, les carreaux se brisèrent. Tous étaient indemnes. Florence se mit à pleurer et André rampa sous les tables pour venir la consoler.

    Alfred, comme à son habitude depuis le printemps, vadrouillait dans les champs, non loin de la maison. Au vacarme des explosions, il rentra dare-dare.

    Il trouva Maria à genoux près de leur lit. Elle récitait le chapelet. Alfred s'agenouilla à côté d'elle et égraina lui aussi les Ave. Ils ne pensaient qu'à Florence. Pourvu qu'elle soit à l'abri !

    Puis les obus se succédèrent à une cadence rapide. On n'arrivait plus à situer les points d'impact.

    Un Allemand traversa la place en hurlant. Un éclat lui avait perforé l'épaule droite. Le sang inondait sa vareuse.

     

    La Tiote, Marie-France Hélaers

     

    La mère Petit, complètement sourde – elle s'estimait un peu dure d'oreille – continuait paisiblement à bêcher son jardin.

    Quinze, puis vingt minutes passèrent. Les explosions s'espacèrent puis cessèrent tout à fait.

    L'instituteur s'extirpa de sous son bureau et mit la tête à la fenêtre. Plus besoin de l'ouvrir.

    La rue d'en haut et la place disparaissaient derrière un écran de fumée. Il jugea le danger passé pour un temps et rassura les enfants.

    Pour ne pas inquiéter les familles, il fallait renvoyer tous les enfants chez eux. Mais qu'allaient-ils y trouver ?

    Sa femme descendit de l'étage supérieur à cet instant. Elle s'offrit pour partir en reconnaissance et estimer les dégâts. Pendant ce temps, son mari balaya le plancher. Un grand l'aida à ramasser les morceaux de verre.

    Dehors, les gens hagards sortaient de leur maison. Ils ne réalisaient pas encore ce qui venait d'arriver.

    Maria envoya Alfred à l'école pour avoir des nouvelles. Tandis qu'il contournait sur la route un cratère de cinq mètres de diamètre, il se heurta à madame Desfontaines.

    — Les enfants ? Ma fille ?

    — Ne vous inquiétez pas, monsieur Tavaux. Ils sont en sécurité. Vous pouvez rassurer votre épouse. Toutefois, par mesure de sécurité, nous allons les renvoyer à leur foyer. Les grands accompagneront les petits... Je viens d'arpenter les rues du village. Aucun gros dégât n'est à signaler. Toutes les habitations ont l'air intactes... Je file prévenir mon mari pour organiser l'évacuation de l'école.

    — Merci, dit Alfred.

    Il dévala la rue à toutes jambes. Que d'émotions pour son âge. Il trouva Maria sur le seuil qui contemplait d'un œil morne ses fleurs saccagées par un éclat d'obus. Elle continuait à égrener son chapelet.

    — Les enfants sont sains et saufs ! J'ai rencontré madame Desfontaines qui faisait l'inventaire des dégâts. Aucune habitation touchée. Tout le monde va bien.

    Maria tout à coup respira mieux. Florence était vivante.

     

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