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Une histoire de Chouans en Normandie

 

Histoire de Chouans

Peinture de Charles Loyeux (source Wikipedia)

[...]

Les mauvais garnements continuèrent longtemps à fouiller la maison, mais ils eurent beau chercher au fond des tiroirs, abattre toutes les piles de linge, retourner les couettes et les paillasses, visiter le grenier, ils ne trouvèrent rien : les gros écus d’argent étaient cachés sous la mangeoire à la vache, le grain et les provisions étaient enfouis en terre dans une barrique au milieu du cellier.
Alors la bande emmena le prisonnier par les « rottes » ou sentiers à travers champs ; les chemins creux tout d’ornières et de boue étant impraticables aux piétons. A « la passée d’un échalier » le petit Jacques tenta de s’enfuir, malheureusement la bande connaissait bien le pays ; après une longue course dans la campagne,
on réussit à le rattraper aux abords du bourg. Les chouans l’introduisirent solidement ligoté des pieds et des mains dans la salle basse de l’auberge de Me Francin Bizot, puis le déposèrent sous une table autour de laquelle ils vinrent s’asseoir.
C’était heureusement un bon patriote maître Francin Bizot ; n’avait-il pas fait ses preuves en cachant chez lui deux « bleus » blessés à une rencontre précédente ? Et puis, comme la plupart des gens du Bocage, il était surtout ennemi du désordre.
Maître Francin Bizot, Normand avant tout, fit d’abord le bon apôtre, « hurla avec les loups », alla même jusqu’à complimenter MM. les chouans de leur heureuse capture, puis finalement trinqua, offrit verres sur verres à l’occasion de la bonne aubaine ; on but du vieux poiré, de la vieille eau-de-vie et encore de la vieille, si bien qu’à la fin de la soirée nos cinq hommes étaient ivres morts. Délivrer le prisonnier de ses entraves, ce fut l’affaire d’un instant.
— Et vous pensez, mes enfants, ajoute la grand-mère, si le petit père Jacques prit vite la clef des champs.
Quant au bon Francin Bizot, il paraissait dormir profondément quand au petit jour la bande de chouans s’empressa de déguerpir en oubliant et leur capture et les réquisitions dans le bourg.
— Mais, demandai-je aussitôt, que dit-il le grand-père Jacques en rentrant à la maison ?
— Mon fillot, le grand-père rentra aussi calme et aussi tranquille qu’au retour de la foire de la Guibray. Après avoir déposé sur le grand lit rouge un pistolet chargé, souvenir recueilli pour sa défense sur la table de Francin Bizot, et nous avoir embrassés, il dit simplement : Les chouans sont tout de même de mauvais gars !...

 

Extrait de : 

 Les p'tites histoiresAU TEMPS JADIS - CHOSES NORMANDES 
 Léon Boutry
 
 15 x 21 cm - 204 pages - Illustrations de Léon Le Clerc
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