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Une fuite rocambolesque à Abbeville

La fuite rocambolesque de deux complices sous Cadoudal en 1804 à Abbeville

Une fuite rocambolesque à Abbeville

Cette histoire relativement courte est à rattacher à celles de l’époque napoléonienne, car elle s’est passée à la fin du Consulat et au début du règne de Napoléon Ier, en Abbeville même. Mais ce n’était pas la ville actuelle, c’était celle de bien avant sa quasi-destruction les 20 et 21 mai 1940 par l’aviation allemande. Son plan urbanistique, datant pratiquement de l’époque médiévale, se caractérisait par un vaste lacis de petites rues tortueuses et se croisant les unes avec les autres, de telle sorte qu’il était difficile de s’y retrouver. En 1804, le chef royaliste Georges Cadoudal avait monté de toutes pièces le complot dit la machine infernale, contre Napoléon Bonaparte, avec la complicité de l’Angleterre et des nobles qui avaient émigré chez elle au moment de la Révolution. Le groupe de comploteurs avait débarqué de nuit à Biville, entre le Tréport et Dieppe, puis avait pris la route de la capitale.

Ils avaient laissé à Abbeville deux de leurs complices pour recueillir des renseignements et faire la liaison entre l’Angleterre et Paris, à l’époque du projet de débarquement dans cette île ennemie d’Outre-Manche à partir du camp de Boulogne. Ces deux complices étaient très recherchés par la police française. Ils demeuraient chez une certaine dame Denys, au numéro 10 de la Petite rue Notre-Dame. Cette courte rue toujours existante faisait la jonction, en longeant la rivière Somme, entre la Placette devenue maintenant Place Bonaparte, et le quai du Pont-Neuf où se trouve actuellement la Sécurité sociale (assurance maladie et allocations familiales). Des gendarmes envoyés de Paris pour arrêter les deux complices cernèrent nuitamment la maison et par surprise.

Réveillés à temps dans la nuit du 15 au 16 février 1804, l’abbé Leclerc et son ami Durrieu, franchirent alors prestement quelques murailles du secteur pour gagner la ruelle des Demoiselles, qui n’existe plus maintenant, qui était une impasse, puis brouillèrent leur piste dans le lacis des rues et ruelles. Pendant ce temps, les gendarmes qui n’avaient pu les cueillir, n’entrèrent dans la maison du 10 petite Rue Notre-Dame que pour saisir les papiers de l’abbé Leclerc, cachés sous le parquet d’une chambre et que la dame Denys, dont la tête s’était troublée, leur découvrit elle-même. L’avis de la population, lorsqu’elle apprit cette affaire d’Abbeville, fut que si l’on avait fait agir la police abbevilloise au lieu d’employer des gendarmes étrangers, l’abbé Leclerc et son complice eussent été saisis. Il est vrai que, chez nous, tout individu qui n’est pas du village ou de la ville est un étranger.

 

Extrait de :

Picardie maritime
PICARDIE MARITIME INSOLITE 

  
Gérard Devismes

  14.5 x 20.5 cm - 254  pages Photos et dessins N/B 
 
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