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Souvenirs d'enfance à Péronne (1790-1796)

 

Fils d'un cabaretier de Flamicourt, en Picardie, et d'une domestique, Jean-François Béranger était venu se fixer à Paris en 1773 ; il y gagna sa vie en tenant les livres d'un épicier, et se maria en août 1779 avec Marie-Jeanne Champy, jeune modiste dont le père était tailleur d'habits. Pierre-Jean, le chansonnier dont nous allons raconter l'histoire, naquit de cette union, à Paris, le 19 août 1780.
D’une origine plus que modeste, sans instruction, sans fortune, placé dans une position sociale très humble où il resta volontairement, Béranger est cependant l’un des hommes du XIXe siècle qui ont le plus efficacement combattu l’Eglise et la monarchie. Il n’a pas prononcé de discours ; il n’a pas été un organisateur ; il n’a pas fait de livres : il n’a pas écrit dans les journaux ; il a composé quelques cahiers de chansons, et voilà toute son œuvre. Mais, par ces chansons, il a exercé sur sa génération une influence considérable, en sorte qu’il s’est trouvé mêlé à la plupart des événements importants de son temps.

 

Extrait :

Souvenirs d’enfance - à mes parents et amis de Péronne,
ville où j’ai passé une partie de ma jeunesse de 1790 à 1796

(Air : comédiens.)

Lieux où jadis m’a bercé l’Espérance,
Je vous revois à plus de cinquante ans.
On rajeunit aux souvenirs d’enfance,
Comme on renaît au souffle du printemps.

Salut ! à vous, amis de mon jeune âge.
Salut ! parents que mon amour bénit.
Grâce à vos soins, ici, pendant l’orage,
Pauvre oiselet, j’ai pu trouver un nid.

Je veux revoir jusqu’à l’étroite geôle,
Où, près de nièce aux frais et doux appas,
Régnait sur nous le vieux maître d’école,
Fier d’enseigner ce qu’il ne savait pas.

J’ai fait ici plus d’un apprentissage,
À la paresse, hélas ! toujours enclin.
Mais je me crus des droits au nom de sage,
Lorsqu’on m’apprit le métier de Franklin.

C’était à l’âge où naît l’amitié franche,
Sol que fleurit un matin plein d’espoir.
Un arbre y croît dont souvent une branche
Nous sert d’appui pour marcher jusqu’au soir.

Lieux où jadis m’a bercé l’Espérance,
Je vous revois à plus de cinquante ans.
On rajeunit aux souvenirs d’enfance,
Comme on renaît au souffle du printemps.

C’est dans ces murs qu’en des jours de défaites,
De l’ennemi j’écoutais le canon.
Ici ma voix, mêlée aux chants des fêtes,
De la patrie a bégayé le nom.

Âme rêveuse, aux ailes de colombe,
De mes sabots, là, j’oubliais le poids.
Du ciel, ici, sur moi la foudre tombe
Et m’apprivoise avec celle des rois l*.

Contre le sort ma raison s’est armée
Sous l’humble toit, et vient aux mêmes lieux
Narguer la gloire, inconstante fumée
Qui tire aussi des larmes de nos yeux.

Amis, parents, témoins de mon aurore,
Objets d’un culte avec le temps accru,
Oui, mon berceau me semble doux encore,
Et la berceuse a pourtant disparu.

Lieux où jadis m’a bercé l’Espérance,
Je vous revois à plus de cinquante ans.
On rajeunit aux souvenirs d’enfance,
Comme on renaît au souffle du printemps.

 

Extrait de : 

Souvenirs d'enfance à Péronne (1790-1796)  

 PIERRE-JEAN BÉRANGER, CHANSONNIER

     Biographie par E. Montmeylian et par Barthélemy Saint-Hilaire, et choix de textes des chansons.

  15.5 x 24 cm - 178 pages - avec illustrations originales des chansons

  Pour en savoir plus sur ce livre...

 

 

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