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Saint-Quentin, une très ancienne ville de l'Aisne

 

Saint-Quentin, une très ancienne ville de l'Aisne

 

Saint-Quentin (Augusta Veromanduorum, Quintinopolis), à 50 kilom. nord-ouest de Laon, chef-lieu d’arrondissement, peuplé de 24 953 habitants, siège d’une chambre consultative des arts et manufactures, d’un conseil de prud’hommes, d’une société académique des arts, sciences et agriculture, de tribunaux de première instance et de commerce, avec collège communal et école de commerce ; était autrefois chef-lieu d’élection, bailliage, prévôté royale, maîtrise particulière, gouvernement particulier, capitale de la petite province de Vermandois relevant du diocèse de Noyon, du parlement de Paris et de l’intendance d’Amiens.

La très ancienne origine de cette ville est attestée par les documents les plus authentiques, elle est citée par Ptolémée, elle figure dans l’itinéraire d’Antonin et dans la table de Peutinger ; elle échangea son nom romain en l’honneur de saint Quentin, un des premiers apôtres du christianisme, qui souffrit le martyre dans ses murs en 303, dans la persécution qui ensanglanta le règne de Dioclétien et de Maximien ; elle n’échappa à aucune des crises qui signalèrent la dissolution de l’empire ; prise et brûlée par les Vandales en 407, par Attila en 451, elle fut ravagée plus cruellement encore par les Normands au VIIe siècle et en 883. Elle ne retrouva de sécurité que sous le règne de Charlemagne, qui avait une profonde vénération pour la sainteté de son église et qui l’enrichit de ses libéralités. Les guerres féodales troublèrent vite cette ère de paix et de prospérité. Hugues de France s’empara de Saint-Quentin en 932, après un siège de deux mois. L’ancien possesseur, Herbert II, appela les Lorrains à son aide et reprit la ville, dont les fortifications furent détruites. Vers 1102, une charte communale fut octroyée aux habitants de Saint-Quentin par Raoul, comte de Vermandois ; Philippe le Long l’abolit sans qu’on en connaisse les motifs ; Philippe le Bel la rétablit, en 1322, à la promesse faite par le peuple de relever à ses frais les fortifications. Livré comme un enjeu permanent à toutes les chances de la guerre dans les démêlés des rois de France avec les ducs de Bourgogne, l’Espagne et la maison d’Autriche, Saint-Quentin supporta les désastreuses conséquences de la mémorable bataille dite de saint-Quentin, après laquelle la ville investie par une armée de 100 000 combattants fut obligée de succomber au bout de vingt et un jours de tranchée ouverte. Telle fut la mortalité pendant le siège et la terreur des survivants, que pas un seul habitant ne resta dans la ville. Saint-Quentin ne fut rendu à la France que par le traité de Cateau-Cambrésis le 16 décembre 1559. Peu à peu la ville se repeupla, les ruines se relevèrent, et l’industrie vint cicatriser les plaies de la guerre ; la création des premières fabriques de linon, l’introduction de la culture du lin, dues à Crommelin, datent de 1579. Depuis lors, rien n’est venu arrêter l’essor qu’a pris le génie industriel de cette contrée ; la filature et le tissage occupent un nombre immense de bras dans la ville et les campagnes environnantes ; quoique le coton ne soit employé généralement que comme mélange dans la confection de ses tissus, Saint-Quentin absorbe la quarantième partie des importations que reçoit la France. Le goût et le bon marché des produits, une activité infatigable, une certaine audace dans les spéculations, ont fait de Saint-Quentin un des centres commerciaux les plus importants de toute la France.

La Ville, située au sommet et sur le penchant d’une colline au bas de laquelle coule la Somme, est entourée à l’est par le canal de Picardie comme d’une demi-ceinture plantée de beaux arbres qui forment une promenade charmante ; les rues principales sont larges et bien percées, presque au centre s’étend une vaste et belle place à laquelle aboutissent les trois grandes voies qui donnent accès dans la ville. Les monuments les plus remarquables sont : l’hôtel de ville, d’un style gothique, surchargé d’ornements bizarres, la cathédrale, qui rachète l’absence de ses tours par une grande pureté de lignes à l’intérieur, l’église Saint-Jacques, l’hôtel-Dieu, les hospices, la bibliothèque, riche de 14 000 volumes, le jardin de l’Arquebuse, la salle de spectacle, le beffroi et le palais le justice.

Saint-Quentin a vu naître le savant Condorcet et l’utopiste Babeut.

Les armes de la ville sont : d’azur, ou bien, de gueules, à un buste de saint Quentin d’argent accompagné de trois fleurs de lis d’or, deux en chef et une en pointe.

par Victor Adolphe Malte-Brun

Extrait de : 

 
 Les p'tites histoiresLES HAUTS DE FRANCE AU XIXe SIÈCLE
 Francis Wey et Adolphe Malte-Brun
 
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