
Roye, Place d'Armes, l'Hôtel de Ville, la Maison du XIIIe siècle.
Par sa fraîcheur, la vallée de l’Avre contraste avec ces plateaux nus. La rivière, ici clair ruisseau, coule au milieu d’une véritable mais étroite forêts d’arbres aquatiques. Des villages se sont bâtis aux points de passage ; le voisinage de l’eau a fait accroître ces bourgades de grosses fermes qui s’égrènent jusqu’à Roye, un des centres principaux du Santerre, massif compact de maisons prolongé par de longs faubourgs sur de nombreuses routes.
Les abords de la petite ville sont assez riants, grâce à quelques bois, aux arbres plantés au bord des chemins, aux horizons bleus dessinés par les collines verdoyantes du Noyonnais. Roye montre un moulin à vent, un clocher, deux campaniles pointant au-dessus des toits d’ardoises et des pignons rouges. De hautes cheminées révèlent quelque industrie.
Une longue rue aux maisons basses, la plupart en poutrelles et torchis, donne accès dans la ville. Ce genre de constructions rend les incendies particulièrement dangereux, à en juger par les indications placées aux carrefours sur de belles plaques bleues émaillées. On apprend que Roye est divisée en quatre quartiers, indiqués par un nombre de coups de tocsin déterminé à l’avance.
Le cœur de cette mignonne cité est la grande place, assez irrégulière mais ne manquant pas de caractère, grâce à une maison de bois sculpté et à un hôtel de ville orné d’un campanile. Beaucoup de magasins, indice d’un commerce actif. Un immense magasin à blé haut de plusieurs étage frappe par ses proportions.
C’était marché ce matin. Si ces greniers à blé, comme on disait jadis, n’indiquaient pas le caractère agricole du commerce local, on le reconnaîtrait aux nuées de pigeons qui sont venus s’abattre sur le pavé, cherchant dans les
interstices le grain tombé des sacs. Les gracieux oiseaux sont la gaîté de cette vaste place, fort solitaire en-dehors des foires et des marchés, mais animée aujourd’hui par la présence de troupes nombreuses.
La ville fut forte jadis, les remparts qui subirent tant d’assauts ont fait place à des boulevards et des mails ombreux. Une partie de l’enceinte a gardé ses fossés, au fond desquels d’élégantes constructions en bois servent de tribunes pour la longue paume, jeu favori de la Picardie. La douve, bien entretenue, sablée, bordée de talus gazonnés, voit se livrer les pacifiques luttes des joueurs. Chaque petite ville picarde tient à honneur d’avoir son terrain de jeu coquettement agencé, où ont lieu des rencontres entre les sociétés de la région.
Ardouin-Dumazet
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