
Malheur au paisible habitant qui s’aventurait jadis hors de son logis après le couvre-feu. Il risquait fort de laisser sa bourse et son manteau aux mains de quelques rôdeurs de remparts.
Sa vie même était en danger : truands et malandrins n’attendaient que la tombée de la nuit pour prendre possession, en maîtres, du pavé.
Les ordonnances de police furent toujours impuissantes à réprimer les désordres nocturnes. Les deux sergents de ville avaient pris l’habitude de rester prudemment chez eux, dès que le soir venait. Leurs gages étaient modestes: huit livres par an, chacun. Pour ce prix on ne saurait répondre de la sécurité d’une population. Le clocheteur des trépassés que sa fonction condamnait à parcourir les rues à la belle étoile était lui-même victime des rufians ; son cri lugubre troublait les joyeux ébats des noctambules. Le clocheteur de nuit était assailli et battu.
Souvent les habitants étaient réveillés en sursaut par des coups bruyants frappés à leurs portes. Ceux qui mettaient le visage à la fenêtre étaient insultés par les garnements qui prenaient la fuite en riant de la mine effarée de leurs victimes. D’autres fois, les marchands trouvaient le matin leurs vitres brisées, leurs enseignes décrochées, ou interverties, les plombs de leurs fenêtres enlevés, etc. Les soldats de la garnison se mettaient souvent de la partie. En 1666, ils s’emparèrent de la garniture plombée de la porte de Haut et la vendirent à leur profit.
Les farces de cette sorte, faites aux bourgeois et à la municipalité, étaient aussi fréquentes que les querelles et les rixes nocturnes entre les malfaiteurs.
Les villageois qui s’attardaient en la ville après la fermeture des portes, avaient pris l’habitude de franchir les murailles en certains endroits favorables, ce qui causait des dégradations. Comme cela se passait la nuit, il était fort difficile de mettre la main sur les coupables.
A. Huguet
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