
Abbeville, rue Maréchal Pétain, vieilles maisons du XVIe siècle
Il serait difficile de donner une idée exacte de la physionomie des rues dans ces temps reculés. Elles étaient étroites, courbes, mal alignées, remplies de gravois, de fumiers et de boues. Ce n’est que lorsque l’entassement de ces boues et de ces fumiers gênait la circulation que l’échevinage les faisait emporter ; mais ce n’était guère que le centre de la ville (1), le voisinage des halles, la poissonnerie, le marché qu’on nettoyait aux dépens de la commune.
Les habitants des autres quartiers enlevaient eux-mêmes leurs immondices et les portaient sur les remparts, sur les places publiques ou les jetaient dans les rivières. – On voyait dans les rues des granges, des bergeries, des étables, des puits, des abreuvoirs et des mares. On y laissait vaguer des bestiaux, et une ordonnance du XIVe siècle prescrit aux habitants qui ont des vaches dans les pâtis de la ville, de les renfermer la nuit dans leurs étables. Il existait un grand nombre de jardins sur froc ; ces jardins devaient être soigneusement clos tous les ans au mois de mars. Un poirier dans la rue Frette-Langue sert de borne au terrain donné par le comte Jean à l’Hôtel-Dieu, en 1158. Dans le XVe siècle encore des arbres sont abattus sur le froc de la rue Notre-Dame, pour en faire des affuts à trois serpentines et autres engins à pourre.
On a tout lieu de croire que la plus grande partie des rues d’Abbeville n’étaient point encore pavées au XIIIe siècle ; mais la plupart l’étaient au siècle suivant. Les anciens comptes de la mairie attestent qu’on pavait dans la chaussée d’Hocquet en 1379 ; dans la rue aux Pareurs et dans les deux chaussées du Bois et Marcadé en 1397. Il paraîtrait cependant que plusieurs rues n’étaient point encore entièrement pavées en 1533. Ce pavé se composait de galets, qu’on allait chercher à Blanquetaque, et de petits carreaux de grès, qu’on tirait de Vignacourt. Malgré cette amélioration, les rues étaient encore si sales dans les premières années du XVIe siècle, que lors du mariage de Louis XII on enleva dans la place Saint-Pierre et dans la rue Larquet seulement deux cent soixante bellenées (tombereaux) d’immondices.
1- Au temps des divers accroissements de la ville, on reportait les murailles plus loin, mais on laissait subsister la première enceinte avec les anciennes portes. La porte Comtesse ne fut détruite qu’en 1795.
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