
Au XVe et au XVIe siècles, le commerce de Saint-Valery continue lentement sa marche ascendante. L’histoire enregistre quelques traces de l’activité du port et des incidents qui troublent parfois les entrées et sorties. C’est ainsi qu’on voit, en 1400, Guillaume de Bavière faire amener à Saint-Valery cinq cents muids de blé achetés à Abbeville par des marchands hollandais ; qu’en 1422, une escadre anglaise pénètre dans la baie, sur l’ordre de Warwick, et ferme l’entrée du port, ce qui amène après trois semaines de siège, la capitulation de la ville ; qu’en 1428, le célèbre prédicateur Thomas Conecte s’embarque à Saint-Valery pour la Bretagne ; qu’en 1434, le jour où le capitaine de la place, Charles Desmarets, partit pour Rambures, ayant perdu l’espoir d’être secouru, il arrive une barge de Saint-Malo au port de Saint-Valery, pleine de vins et de provisions, destinés à la garnison, dont les assiégeants s’emparèrent sans difficulté ; qu’en 1437, sept vaisseaux anglais attaquent sept vaisseaux bourguignons qui bloquaient le port du Crotoy et les obligent à fuir à Saint-Valery. Lorsqu’en 1474, on apprit que Louis XI voulait, dans un but politique, détruire Saint-Valery et fermer son port, les bourgeois d’Amiens s’agitèrent. « Ce serait, dirent-ils, très grand dommage pour le pays de Picardie, pour tout le royaume, et spécialement pour la ville d’Amiens, car les vivres, tant de la mer que de la terre, viennent par le moyen de Saint-Valery en la ville d’Amiens. » Des navires chargés de blé, radés en 1478 à Saint-Valery et au Crotoy étaient destinés aux troupes de Louis XI.
A cette époque, (1479-1484) stationnait en permanence au havre de la Ferté, — lorsqu’il ne rompait pas ses amarres pour prendre le large — le navire de guerre la Petite Trésorière, armé de six canons, bordant six grands avirons et douze petits, battant pavillon rouge et blanc, commandé par Lancelot Becquefève. Ce navire, mouillé auprès de l’auberge de Jean de Ponthieu et de la maison d’Ancelot Merlot — les matelots buvaient et mangeaient chez le premier, et les cordages et agrès de réserve étaient remisés chez le second — était entretenu sur l’ordre de Louis XI pour s’opposer aux courses des vaisseaux flamands et hollandais, Saint-Valery étant trop pauvre pour pourvoir au ruineux entretien de ce navire, Abbeville en eut la charge. Durant cinq années, la ville voisine dépensa près de sept cent cinquante livres. La présence continue de la Petite Trésorière au havre de la Ferté dit assez la fréquentation régulière des barques marchandes dans la baie.
Cependant, le développement du port ne s’accrut pas, à cette époque, autant qu’aurait pu le faire espérer le mouvement du siècle précédent. Saint-Valery est dépassé par les ports de Normandie avec lesquels, cent cinquante ans plus tôt, il pouvait lutter avantageusement. Tandis que Dieppe, Honfleur, Harfleur et les autres havres normands donnent à leur navigation cette admirable expansion que l’on sait, tandis que d’aventureux capitaines et de riches armateurs partent à la conquête du Nouveau-Monde, Saint-Valery s’immobilise dans son transit ordinaire.
Extrait de :
LE PORT DE SAINT-VALERY-SUR-SOMME