
Pendant le siège de 1536, la tour du beffroi avait eu beaucoup à souffrir de l’artillerie ennemie, des réparations étaient indispensables ; il fallut même l’étayer en attendant que la bonne saison permette d’y faire les réparations nécessaires.
Le beffroi consistait en une tour carrée haute de trente-sept mètres. Aux angles s’élevaient quatre tourelles en encorbellement au toit aigu, reliées entr’elles par une galerie. Dans l’intérieur, le rez-de-chaussée était voûté en berceau et servait de prison. Il paraît même que ces cachots n’étaient pas du goût des prisonniers, car souvent, ils demandaient comme une grâce à être transférés dans les prisons de la ville. Dans l’épaisseur du mur était un escalier en vis de Saint-Gilles qui conduisait au premier étage voûté d’arètes en ogive avec des têtes grimaçantes, supportant les retombées des cordons à moulures arrondies. La clef était ornée d’une rosace en feuillage et les angles rentrants étaient entourés de têtes gigantesques. Au deuxième étage était une voûte semblable mais moins ornée ; les murs qui jusqu’à cette hauteur avaient plus de deux mètres d’épaisseur étaient moins épais de moitié, là où commençait le beffroi des cloches. Dès que le beffroi fut achevé, on y plaça une cloche provenant de l’ancien édifice ; cette cloche étant trouvée insuffisante, la ville vendit des rentes pour s’en procurer trois nouvelles. Le 11 avril 1398, on conclut un marché avec Guillaume de Croisilles pour la fonte de ces trois cloches, en joignant au métal neuf le produit de la refonte des anciennes. La première, appelée bancloque, pesait trois mille deux cents livres, la deuxième seize cents et la troisième douze cents livres. La plus grosse ayant été fêlée fut refondue au mois de juillet suivant.
En 1402 on établit autour du rez-de-chaussée du beffroi des étaux que la ville louait aux bouchers et aux boulangers.
Les armes du roi et celles de la ville décoraient, en 1495, les fenêtres de la façade principale du beffroi ; elles étaient alors pour Péronne : d’azur, au P gothique d’or, accosté de trois fleurs de lys aussi d’or.
On plaça aussi une horloge au beffroi, et un serrurier de la ville fut chargé de son entretien ; un cadran indiquait les heures.
Dans le beffroi habitait jour et nuit un guetteur qui devait sonner les heures, annoncer l’ouverture et la fermeture des portes, et en cas d’incendie, sonner le tocsin.
La tour pittoresque du beffroi de Péronne se voyait encore sur la Place en 1844, elle avait survécu à toutes les causes de destruction et ses cloches qui avaient annoncé de leur carillon les événements de la cité subsistaient encore à cette date ; une d’elles, ornée des armoiries de la ville portait cette devise :
Perone suis royalement nomée
Pour la comune assembler ordonnée,
Les gens aux plaids vont par mon entreprinse
Fait l’an mil quatre cent quatre-ving-quinze
Après la démolition de ce monument (1844) qui n’offrait plus de garanties suffisantes de solidité, la bancloque fut transférée ainsi que l’horloge et la sonnerie dans le clocher de l’église Saint-Jean, où elles furent anéanties pendant le bombardement de 1870.
E. Coët
HISTOIRE AU PAYS DE SOMME