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Lafleur, cabochard picard : en résistance 1940 - 1944

La ténacité à l’œuvre entre 1940 et 1944

Lafleur, cabochard picard : en résistance 1940 et 1944

A leur retour à Amiens, après les événements de mai 1940, les Amis de Lafleur avaient tout perdu, sauf leur foi. Locataires des Rosati picards, ils avaient vu disparaître, lors de la destruction totale du Logis du Roi, le grand matériel à l’aide duquel ils donnaient leurs représentations et une précieuse collection de vieux et authentiques cabotins ainsi que des décors et accessoires venant des fameux théâtres de quartiers amiénois.

Après une année d’attente, Lafleur n’eut guère à faire sa résurrection, puisqu’il avait à peine eu le temps de mourir.
Repartis à zéro, les amis de Lafleur, réduits à leurs seuls moyens, comme à leurs débuts, mais dans de plus mauvaises conditions, ils se remirent à la besogne, fidèles à leurs traditions.
Lors de la création de leur grand théâtre, ils avaient confectionné des sujets en réduction pour servir de maquettes : celles-ci furent heureusement retrouvées chez le directeur ; elles devinrent les cabotins d’un théâtre de modèle réduit construit à leur échelle. Quant aux décors, ils furent brossés sur papier.
Une représentation d’Arbre de Noël put être assurée fin décembre 1941. Pendant la saison 1941-42, onze séances furent organisées à Amiens, Sains-en-Amiénois, Bourdon, Villers-Bretonneux, pour Arbres de Noël, fêtes ou kermesses au profit des prisonniers, sans oublier le Noël des orphelins de Saint-Charles.
Entre temps, les Amis de Lafleur furent admis en bonne place, comme l’un des fondateurs de l’ancienne Fédération à la Corporation des Marionnettes françaises, qui remplaça, sous la présidence de M. Gaston Baty, grand ami du groupement, la Fédération nationale des Marionnettes françaises.
En décembre 1942, les Amis de Lafleur furent reconnus comme groupement à caractère social, sans but lucratif, et, à ce titre, purent établir un dossier de sinistré 100 %.
Pendant la saison 1942-43, douze séances à Amiens, Paris, Guise, Chantilly, toujours pour les prisonniers, les sinistrés, orphelins, etc.
Peu à peu, et sans aucune aide pécuniaire de quiconque, les Amis de Lafleur avaient pu réunir les matières premières nécessaires à la reconstitution du grand théâtre sinistré. Une série de cabotins fut commencée en se référant aux documents authentiques recueillis par Edouard David : le Tchot Blaise de chez Dumortier, Papa-Cucu et Popaul Calicot de chez Gacquer, Sandrine de chez Barbier, etc. Les types recréés par les Amis de Lafleur avaient été du reste adoptés par le grand public, le périodique Le Pays Picard et les grandes firmes d’Amiens pour leurs marques et leurs spécialités.
Dès cet instant, les Amis de Lafleur reprennent une activité normale avec les mêmes moyens techniques qu’avant-guerre, sous la direction de leur camarade R. Villeret, avec les excellents compagnons : Jean Magnan, ech’ l’eintailleu, R. Dourlens, grand maître de l’éclairage, A. Devos, le virtuose du pinceau, et les vedettes R. Dourlens (Lafleur) et Mme Dourlens (Sandrine). Ils sont en mesure de donner aussi bien des spectacles à grande mise en scène qu’un programme traditionnel et populaire ou un programme mixte : mi-traditionnel, mi à grand spectacle.
L’inauguration du grand théâtre reconstitué eut lieu dans le cadre élégant des Nouvelles Galeries, à l’occasion de l’Exposition organisée, en décembre 1943, au profit du Pécule des Prisonniers.
A cette époque, la presse a relaté l’admiration de tous devant le souci d’exactitude de cette reconstitution, l’ensemble surpassant l’ancien jeu par sa tenue artistique et la recherche des nuances et des contrastes. Une innovation dans la partie « Danseurs et Fantoches » : utilisation de marionnettes à fils dans des numéros de music-hall. Dans ce genre, les Amis de Lafleur ont manifesté et adroitement utilisé leurs dons de manipulateurs, sortant dans ce genre, tout de fantaisie, des sentiers traditionnels.
Pendant la saison 1943-44, tournée de dix-huit représentations, interrompue momentanément par les événements et les difficultés de transport.

Source : Revue Picardie, 1944

 

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