
L’entrée de la Somme est bornée, sur la rive droite, par la pointe Saint-Quentin ; sur la rive gauche, par la pointe du Hourdel.
Toutes deux marquent, en quelque sorte, d’un trait caractéristique, le changement subi par le sol du rivage.
Les chaînes de dunes du Boulonnais vont disparaître, pour faire place aux falaises crayeuses de la Normandie qui, elles-mêmes, violemment écartées sous l’action incessante de petits fleuves, se creuseront en ports sûrs et profonds, faciles à améliorer.
Le bourg du HOURDEL offrant un point plus commode à aborder en tout temps que Saint-Valery, ou y a créé un havre de refuge pour les navires forcés de reculer, lorsque les vents sont contraires, devant l’embouchure sablonneuse de la Somme.
De la lanterne du phare, on découvre entièrement cette vaste baie, dont l’importance est si grande, qu’il faut souhaiter voir l’art de nos ingénieurs y accomplir des miracles en maîtrisant, ou détruisant les dépôts laissés par
les courants.
CAYEUX, proche voisin du Hourdel, est une preuve trop frappante de l’action funeste des sables. La campagne y semble presque stérilisée. En vain on a essayé, depuis plusieurs années, de combattre, par des plantations de pins maritimes, le recul de la dune ; mais Cayeux n’est point encore soustrait à la possibilité d’une catastrophe finale. Bon nombre de ses vieilles maisons, en paille et argile, dépassent à peine la ligne élevée des tertres mouvants !
Les habitants, au reste, ne s’émouvaient pas beaucoup de cette condition territoriale. Ils avaient soin de multiplier les portes des constructions, et si, pendant la nuit ou pendant une tempête, le sable venait emplir les rues, ils trouvaient toujours moyen de sortir et de reprendre, avec calme, le travail de déblaiement.
L’église de Cayeux date du douzième siècle. Les couleurs des pierres qui ont servi à sa construction lui donnent une certaine ressemblance avec un vaste damier. Son beau clocher se profile fièrement sur le ciel.
On retrouve encore les ruines d’une forteresse, qui doit avoir été bâtie à l’époque où les invasions des Normands portaient la terreur sur le littoral de la Manche.
Adonnée principalement à la pêche, la population, cependant, s’occupe quelque peu d’industrie, surtout de serrurerie, et les bains de mer attirent, chez elle, des touristes, moins soucieux de briller sur les plages à la mode
que de trouver le calme, l’air pur d’une côte peu suivie encore par les élégances du jour.
Extrait de :
LE LITTORAL DE LA FRANCE
De Dunkerque au Mont Saint-Michel
V. Vattier d'Ambroyse
15.5 x 22 cm - 276 pages, avec illustrations d'époque.
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