
Jusqu’à la Révolution, la circulation fluviale était régulière entre Abbeville et Amiens, mais ne remontait pas au-delà de Corbie, à cause des nombreux moulins à eau qui barraient le cours. Il existait un service de diligences d’eau et de petites barques appelées picotins, d’après Demangeon dans « La Picardie » (trois en 1720, dix-huit en 1733).
Mais les embarcations légères ne suffirent bientôt plus au trafic quotidien. Alors apparaissent les gribanes, grandes barques à fond plat, équipées de deux voiles, pour des voyageurs et des marchandises. Le voyage est tout de même assez lent. Par exemple, les voyageurs partaient d’Abbeville à six heures du matin et arrivaient à Amiens à dix-sept heures : onze heures de route, déjeuner compris. On n’était pas pressé en ce temps-là, on vivait encore au rythme de la nature et on prenait le temps d’en goûter les charmes. Pourtant, l’état du fleuve n’était pas parfait et son régime pouvait devenir torrentiel. Les archives départementales de la Somme précisent que ce fleuve qui jamais ne gèle en hiver est grandement périlleux, à cause des tours et retours d’eau engouffrée dans un obscur précipice. Les avalasses d’eau (terme venant de avalanche et signifiant précipitation ou torrent d’eau) que charrie cette rivière vers son embouchure sont cause de la formation des bancs de sable et du déclin de ses ports. Les secteurs de Montières (en aval d’Amiens), de Picquigny, de Long ou Pont-Rémy sont signalés pour des hauts-fonds qui laissent à peine un pied et demi ou deux pieds d’eau (entre cinquante-cinq et soixante-cinq cm). Il faut alors transborder les marchandises dans de plus petites barques appelées allèges et recourir à des haleurs qui n’ont pas la tâche facile. » De fait, au lieu d’un jour, il en faut parfois plusieurs pour relier Abbeville à Amiens, selon Demangeon. C’est pour ces raisons que se pose la nécessité de canaliser le cours d’eau naturel. Et cela se justifie par l’importante activité du fleuve et des ports, notamment ceux de Saint-Valery, d’Abbeville et d’Amiens.
Extrait de :
BUCOLIQUE VALLÉE DE SOMME
DE LA SOURCE DU FLEUVE A SON EMBOUCHURE
Gérard Devismes
Format 20 x 29 cm - 118 pages avec photos, dessins N/B
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