
La rivière d’Avre était jadis navigable de Pierrepont à Moreuil, tandis qu’aujourd’hui elle l’est seulement depuis ce bourg jusqu’à Amiens. De Pierrepont à Moreuil, il n’y avait pas de chemin de halage, la navigation s’effectuait par bateaux conduits à l’aviron. Entre Pierrepont et la Neuville, la rivière se partageait en deux bras : celui qui était navigable traversait le territoire de cette dernière commune, et s’appelait Rupture demoiselle Jehanne, dénomination déjà usitée au XVe siècle, et dont il serait difficile de connaître l’origine ; peut-être vient-elle de quelque travail ou rupture de terrain exécuté en cet endroit par une châtelaine qui aura laissé son nom à cet ouvrage d’art dit quelquefois aussi Chaussée ou fosse demoiselle Jehanne. La rupture de demoiselle Jehanne formait l’ancien cours de la rivière, c’est elle que l’on franchit sur le premier pont entre la Neuville et Braches.
Ce bras navigable détournait la rupture ; mais, sur les plaintes formulées par les voisins, ils furent obligés de la rouvrir. En 1603, Scipion de Champie, seigneur de Braches, qui vivait en mauvaise intelligence avec le seigneur d’Hargicourt, son voisin, fit de son chef boucher la rupture au détriment des propriétés en amont, lesquelles se retrouvèrent, par ce fait, dans l’impossibilité de communiquer par eau avec Moreuil et Amiens. François de Conty, seigneur d’Hargicourt et Gaucourt, de concert avec la noblesse des environs, profita de la présence de Henri IV à Amiens pour demander que la navigation fût rétablie : les maïeurs et échevins de cette ville appuyèrent sa réclamation. Le roi l’accueillit et chargea le comte de Saint-Paul, lieutenant général en Picardie, de rendre navigable le bras de la rivière qui avait été intercepté : ce dernier confia l’exécution de cette mesure à François de Conty, comme le plus capable de la mener à bonne fin : en effet, il y employa son temps et son argent, et fit si bonne diligence que la navigation ne tarda pas à reprendre son cours.
La navigation de l’Avre demeura libre jusqu’en 1789 ; à cette époque, des bateaux chargés de foin récolté dans les prairies de Pierrepont descendaient encore de cette commune jusqu’à Amiens. L’année suivante, les habitants de la Neuville, pour faciliter les rapports avec Braches, jetèrent des planches sur la rivière et interceptèrent la navigation : le comte de Clermont-Thoury, seigneur de Pierrepont, s’adressa à la maîtrise des eaux et forêts de Clermont, afin d’obtenir leur enlèvement ; la Révolution, en l’obligeant de veiller à sa propre sûreté, lui fit bientôt perdre de vue l’objet de ses réclamations.
Sous la République, les riverains construisirent à leur gré des ponts et des usines sur l’Avre, qui dès lors cessa d’être navigable.
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