
« Les Allemands ont évacué Ham dans la nuit du dimanche 18 au lundi 19 mars. Leurs préparatifs n’étaient pas achevés. Le samedi, ils firent sonner à travers la ville un ordre enjoignant à tous les hommes, à partir de l’âge de quinze ans, de se rendre, le lendemain matin, à neuf heures, à l’église avec un jour de vivres. Sans doute comptaient-ils les emmener à l’arrière avec eux. Quand les hommes se présentèrent, le commandant de la place les garda un quart d’heure et les renvoya. Il y avait eu contrordre...
Il profita seulement de leur présence à l’église pour leur adresser une communication qu’il aurait aussi bien fait sonner dans les rues. C’était l’ordre de s’abriter au centre de la ville de midi à quatre heures, pendant qu’il serait procédé à la destruction du château, du beffroi, des trois ponts. Les habitants déménagèrent et évacuèrent hâtivement les maisons menacées par l’explosion. Puis, ils attendirent tout l’après-midi, anxieux. Rien n’eut lieu, encore un contrordre assurément.
La proclamation portait que nul se sortirait à partir de six heures du soir. Peu de gens se couchèrent. On savait que le départ approchait. Les téléphonistes avaient enlevé leurs fils, ce qui semblait un signe d’exode définitif.
Entre une heure et trois heures du matin, la ville tremble ; le château sautait. Chacun crut que sa maison s’effondrait aussi. Les habitants, terrifiés, attendirent le petit jour.
Alors, des mansardes, ils osèrent hasarder un regard. Le beffroi n’existait plus. Là-bas, la citadelle avec ses tours célèbres était en ruines. Ils descendirent ; les plus hardis se risquèrent dans la rue, marchèrent d’abord avec prudence, puis plus vite. Alors, courant de tous côtés, ils sentirent qu’ils étaient seuls et libres. Il était 6 h. ¼. Ils se heurtèrent aux immenses entonnoirs qui barraient la route. Ils virent, tout autour, les maisons en miettes. »
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