Jumièges (Gemeticum, Vallis gemitus), bourg du canton de Duclair, à 26 kilomètres à l’ouest de Rouen, est célèbre par les ruines de son antique abbaye, souvent visitée par les archéologues et les touristes. Cette abbaye fut fondée au VIIe siècle par saint Philibert.

Sous son successeur, le monastère contenait déjà 800 moines. Il posséda d’immenses propriétés ; Duclair et Quillebeuf lui appartenaient. C’est là que furent enfermés les fils de Clovis II ; leur père, pour punir leur rébellion, leur avait fait couper les nerfs des bras. De là leur nom, les Énervés ; on a trouvé les restes de leur tombeau. Diverses légendes se rattachent à l’histoire de cette abbaye ; nous ne citerons que celle de sainte Austreberthe. Cette pieuse femme blanchissait le linge de sacristie de l’abbaye de Jumièges ; un âne portait ce linge à l’abbaye. Un jour, un loup sortant de la forêt se jette sur l’âne et l’étrangle ; Austreberthe force aussitôt le loup à se charger du linge, et la légende ajoute que, depuis ce jour, le loup remplit avec exactitude l’office de l’âne.
Une sculpture de l’église a conservé le souvenir de ce miracle ; la sainte y est représentée caressant un loup, et, dans la forêt, s’élève un vieux chêne auquel on a conservé le nom de chêne à l’âne ; c’est là que l’âne d’Austreberthe fut, dit-on, étranglé par le loup.
Rien n’est plus imposant que les ruines de l’abbaye dont le porche d’entrée est le mieux conservé, rien de plus saisissant que ces antiques débris, habités aujourd’hui par les oiseaux de nuit ; on a déblayé des souterrains immenses, qui s’étendent au-delà de l’emplacement occupé jadis par les habitations. Longtemps les deux hautes tours qui accompagnent le portail de l’église ont servi de repère aux pilotes de la Seine pour diriger leurs navires à travers les méandres de la Seine. D’autres souvenirs historiques se rattachent à ce pays : on montre encore au Mesnil-sous-Jumièges le manoir qu’habitait la maîtresse de Charles VII, Agnès Sorel ; la Dame de Beauté y mourut, et son coeur reposa longtemps sous les voûtes du monastère. Une vieille inscription rappelle que, piteuse entre toutes gens, largement elle donnoit de ses deniers aux églises et aux pauvres ; mais la tradition ajoute un souvenir moins édifiant ; souvent, dit-on, Agnès se serait consolée de l’absence de son royal amant avec un moine de l’abbaye, dom Bernard ; ce qui scandalisait fort les gens des environs, lesquels ne manquaient pas de huer la dame, d’un côté de la Seine à l’autre, quand ils la voyaient se promener avec le moine dans les prairies qui bordent la rivière.
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