« Forges est un joli bourg d’un accès facile, situé au milieu de bois percés d’agréables promenades, et attirant chaque année un assez grand nombre d’étrangers qui viennent demander la santé à ses eaux minérales. C’est la renommée de ces eaux qui, aux XVIIe siècle, lui a valu la dénomination de Forges-les-Eaux. (M. l’abbé Decorde). »
L’église, sous le patronage de S. Eloi et de S. Nicolas, est un bâtiment sans caractère et sans goût, élevé en 1825. Il remplace une belle église romane de 1150 (suivant Guilmeth), en partie restaurée vers 1500, mais endommagée par un incendie au XVIIe siècle.
Une petite chapelle de S. Eloi, patron des forgerons, paraît avoir existé avant l’église du XIIe siècle. Plusieurs fois détruite par les guerres, elle a toujours été rebâtie, et subsiste encore aujourd’hui, mais ne sert plus au culte.
Quelques Capucins vinrent à Forges vers 1630, où on leur donna une maison pour y loger pendant leurs missions. Peu d’années après, ils y établirent un couvent aux frais du duc d’Orléans, et y restèrent jusqu’à la Révolution.
Forges (Forgiœ) doit son nom aux importants établissements métallurgiques qui y furent en activité dès le temps des Romains. Cela se prouve par les tuiles, les tuyaux en terre cuite et surtout les monnaies très abondantes (on en cite depuis Auguste jusqu’à Constance) qu’on a trouvées mêlées à des amas énormes de scories de fer.
L’extraction et la fabrication du fer continuèrent à Forges pendant tout le moyen-âge ; les ouvriers avaient le privilège de prendre gratuitement dans la forêt les manches de marteau et les pieds d’enclume. Ce fut seulement vers 1500 que les forges furent transportées à Beaussault, on ne sait trop pourquoi, puisque le minerai de fer est loin d’être épuisé à Forges et qu’on y en trouve encore de première qualité, suivant Guilmeth.
Le bourg de Forges est fort ancien. Suivant des conjectures assez probables, les Gaulois y auraient construit la grande enceinte défendue par un fossé d’environ 700 mètres de longueur, que l’on voit au triège des Minières.
Le sire de Forges prit part à la bataille d’Hastings en 1066 ; trente ans plus tard, Becquet de Forges était à la première croisade. Philippe de Forges fut tué au désastre de Poitiers (1356). La terre de Forges dépendait d’un fief royal qui s’étendait sur plusieurs paroisses.
Le château qui défendait Forges était situé sur la butte nominée le Donjon et entourée de vastes fossés. On croit qu’il fut investi en 1418 par 300 Anglais, qui le prirent après un siège de sept jours et dévastèrent tout le pays.
En 1607, un incendie dévora presque toutes les maisons du bourg et atteignit même l’église. Ici s’arrête l’histoire de Forges. On sait seulement par des pièces officielles de la fin du dernier siècle que sa municipalité voulait « se changer en république et ne reconnaître aucune autorité supérieure. » Les habitants en étaient réputés « les plus déraisonnables et les plus turbulents qu’il y ait dans la province. Aujourd’hui, les fils ne ressemblent point à leurs pères sous ce rapport, et Forges est une petite ville fort calme. Les eaux minérales ferrugineuses de Forges sont connus depuis plusieurs sièc1es. La tradition populaire attribue la découverte de leurs propriétés à la guérison d’un cheval abandonné dans la contrée par les moines de Beaubec. On assure également, mais sans preuves, que la reine Blanche de Navarre, seconde femme de Philippe de Valois, en fit usage dès le XIVe siècle.

Forges-les-Eaux, la place Brevière, gonflement d'un ballon.
Toutefois les sources ne commencèrent à être fréquentées que vers la fin du XVIe siècle ; on y venait alors de 50 lieues. L’ouverture de la saison des eaux se faisait solennellement par une procession suivie d’une grand'messe.
Enfin les eaux de Forges durent toute leur renommée au séjour qu’y fit Louis XIII (21 juin-13 juillet 1632), accompagné de la reine Anne d’Autriche et du cardinal de Richelieu. Anne d’Autriche y était venue chercher un remède à sa stérilité ; un siècle plus tard, la mère de Louis XVI y vint pour le même motif et fut la bienfaitrice du pays. Jusqu’à la Révolution, Forges fut fréquenté par les personnes les plus qualifiées de la Cour.
Parmi les visiteurs les plus illustres, on cite Mme de Sévigné, Mlle de Montpensier, Voltaire, qui aurait même écrit à Forges quelques-unes de ses œuvres, Buffon, Marivaux, Mme de Genlis, Napoléon Ier (alors premier consul), les duchesses d’Angoulême et de Berry et le roi Louis-Philippe
---- Un vieux chêne du pays s’appelle encore l’arbre de Mlle de Sévigné. Cependant la présence à Forges de cette femme célèbre semble douteuse, car elle n'en parle point dans ses œuvres, bien que l’Eau de Forges y soit plusieurs fois nommée avec éloges. ----
Les sources, au nombre de trois ,portent les noms de Reinette, Royale et Cardinale, parce que la reine (Anne d’Autriche), le roi (Louis XIII) et le cardinal (de Richelieu) burent de préférence l’eau de chacune d’elles. La température des deux premières est de 7 à 7° ½ centigrades, et leur eau et limpide et sans odeur ; l’eau de la Cardinale un peu plus froide (6 à 6° ½) a un goût d’encre très prononcé et présente à sa surface une pellicule irisée, nommée crême de la source et recherchée des buveurs. La Cardinale donne 80 litres par heure, la Royale 450, et la Reinette 900.
Ces eaux sont toniques comme celles de Spa, pour lesquelles on les vend parfois. Elles sont surtout efficaces dans les maladies de langueur, conviennent aux tempéraments lymphatiques, et sont employées avec grand succès contre les douleurs qui affectent les organes digestifs. L’usage est d’en boire chaque jour, à la dose d’un verre jusqu’à 7 ; on commence par la Reinette, on continue par la Royale et on finit par la Cardinale, la plus active des trois (M. l'abbé Decorde).
Les eaux de Forges, dit M. Joanne, ont été trop délaissées en notre siècle. L’établissement des bains convient aux personnes amies du calme, et est entouré d’un beau parc bien planté, mais un peu humide. La forêt de Bray offre de charmantes promenades.
Forges est situé sur un sol très favorable aux études géologiques. Les coquilles d’huîtres, de moules, s’y trouvent en abondance, ainsi que d'énormes troncs d’arbres de 5 ou 6 mètres de longueur et enfouis parfois à une profondeur de 12 mètres.
Extraits de :

NEUFCHÂTEL-EN-BRAY
ET SON ARRONDISSEMENT
J. Bunel et A. Tougard