
Jean ANGO, né vers la fin du quinzième siècle, était fils d’un riche armateur. Devenu armateur lui-même, après la mort de son père, son génie commercial se développa rapidement.
Bientôt, une colossale fortune récompensa son labeur incessant. Ses navires formaient une flotte nombreuse, trafiquant avec le monde entier.
Il se sentit de force à rivaliser avec les rois et en donna une preuve irréfutable. Les Portugais étaient alors (1530) en paix avec la France ; cependant, la jalousie porta quelques armateurs de cette nation à s’emparer d’un des navires de Jean Ango, leur concurrent redoutable dans le commerce avec l’Afrique et les Indes.
Le fier Dieppois résolut de venger cet outrage et de le venger seul. Ne prenant conseil que de lui-même, il arma toute une flotte nouvelle, en envoya une partie bloquer le port de Lisbonne et l’autre partie ravager, jusque dans les Indes, tous les établissements portugais.
En vain, le roi de Portugal voulut combattre ; il ne possédait pas, comme Ango, d’incalculables richesses. Après quelques mois de lutte impuissante, il fut bien obligé d’envoyer un ambassadeur à Dieppe ! Encore, François Ier dut-il employer ses bons offices pour obtenir que le roi Ango consentit à la paix !... C’était là un glorieux succès pour l’armateur qui, du reste, se montrait bon Français, et tint à honneur de recevoir splendidement le roi François Ier, quand ce souverain, en 1532, visita Dieppe. Charmé de l’accueil d’Ango, le monarque lui conféra des titres de noblesse et la dignité de gouverneur de la ville.
Cette prospérité merveilleuse devait avoir un terme. Après la mort de François Ier, Ango éprouva d’énormes pertes qui parurent le conduire à une ruine complète. Il n’en fut pas ainsi, néanmoins ; mais ces revers frappèrent l’armateur d’un coup terrible. Il ne put supporter l’idée de voir sa puissance décroître avec sa fortune, il mourut de chagrin en 1551.
Dieppe lui devrait bien une statue, car, certainement, il contribua dans une large mesure à rendre célèbre sa ville natale.
Extrait de :
LE LITTORAL DE LA FRANCE
De Dunkerque au Mont Saint-Michel
V. Vattier d'Ambroyse
15.5 x 22 cm - 276 pages, avec illustrations d'époque.
Pour en savoir plus sur ce livre...