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Un drame passionnel au château de Moyencourt

Le château fort de Moyencourt est devenu historique par un événement amoureux tragique dont il fut le théâtre sous le règne de Henri IV : en voici le récit. 

Vers 1606, un gentilhomme picard nommé Valeran Mussart, qui avait acquis une brillante réputation de courage dans les guerres de son temps, eut une difficulté avec un seigneur du Santerre, qui habitait dans le voisinage. La querelle fut résolue par un duel, dans lequel Mussart tua son adversaire. 
La veuve du défunt alla demander justice à Henri IV, qui envoya l’un de ses lieutenants de robe courte, la Morlière, avec quelques soldats pour se saisir de Mussart et le conduire à Paris afin de lui faire son procès. 
En apprenant cette nouvelle, le meurtrier s’enferma dans le château de Moyencourt, près de Roye, bien décidé à y mourir plutôt que de s’exposer à l’ignominie du dernier supplice. 
Arrivé devant le château, la Morlière somma vainement Mussart de venir se remettre entre les mains du monarque et de se confier en sa clémence. Mais, pour se livrer au lieutenant du roi, Mussart lui dit qu’il ne le ferait que si on lui donnait l’assurance qu’il obtiendrait sa grâce. La Morlière, qui ne pouvait lui faire cette promesse, prit dès lors ses mesures pour entreprendre le siège du château ; il demanda du secours aux garnisons de Noyon, de Péronne et d’Amiens, et commença l’attaque. 
Valeran Mussart s’était enfermé avec un laquais, une femme de mauvaise vie, nommé Jeanne Presto, et la fille qu’il en avait eue ; il se défendit avec une telle fureur qu’il blessa mortellement six assiégeants. 
Devant une résistance à laquelle il était loin de s’attendre, la Morlière fit suspendre l’attaque et, pour en finir au plus tôt, il envoya chercher deux pétards à Noyon dans le but d’enfoncer la porte du château.  
Dès que les pétards furent arrivés, le lieutenant, avant de les faire jouer, somma de nouveau le rebelle de se rendre ; il eut même recours au curé de la paroisse, qui se rendit dans le château et représenta à Mussart le danger auquel il exposait son salut s’il venait à mourir dans cet état criminel. Mais toutes les raisons que put faire valoir le vénérable ecclésiastique demeurèrent vaines. 
Un autre intermédiaire fut alors envoyé ; c’était la mère de Jeanne Presto, qui était veuve ; mais elle se heurta à la même obstination.  
Dès lors, l’attaque du château fut reprise avec plus de vigueur. Bientôt, Mussart se présenta à l’une des fenêtres du château ; il se mit en devoir de descendre le laquais et la petite fille pour les sauver d’une mort certaine. Les assiégeants crièrent à la malheureuse Jeanne de se soustraire également au péril, mais, aveuglée par la passion, elle refusa de quitter son amant et cria avec un accent de désespoir : 
— Priez Dieu pour nous ! 
Aussitôt, Mussart et sa compagne se retirèrent dans le donjon, où Jeanne avait disposé un bûcher. Dès qu’ils entendirent le bruit des pétards, ils se placèrent près du tas de bois embrasé et se déchargèrent simultanément un coup de pistolet ; ils tombèrent sans vie au milieu des flammes. 
Quand, après avoir abattu la porte, la Morlière et ses soldats entrèrent dans le donjon, ils ne trouvèrent que deux cadavres à demi carbonisés et baignant dans leur sang. 

par Alcius Ledieu 
 

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