• Un pèlerin picard sur le chemin de St-Jacques de Compostelle

    Guillaume Manier et ses compagnons de route, Jean Hermand, Antoine Vaudry, et Antoine Delaplaces, surnommé bientôt Delorme, quittent très officiellement Carlepont le 26 juillet 1726. Ils possèdent leurs certificats de pèlerins, établis respectivement par le curé du village, l'évêque de Noyon et le maire de la même ville. Avant leur départ, une messe a été célébrée à leur intention selon la coutume.
    Guillaume prend des notes en cours de route. Il ne les mettra en forme que dix ans plus tard, ajoutant ici et là quelques passages recopiés dans des guides de voyage. Se livre-t-il à cet exercice de rédaction pour le plaisir de garder le souvenir de son périple ? Pour le transmettre à ses descendants ? Pour passer à la postérité ? Nous l'ignorons, mais cette volonté d'écrire est d'autant plus méritoire que le modeste tailleur n'a rien d'un homme de lettres.  
    La carte de l'itinéraire suivi par Guillaume Manier montre qu'il emprunte très logiquement la route de Paris, première étape marquante de son périple. Il séjourne durant trois jours dans la capitale, le temps de faire viser son passeport par le gouverneur de la place, "le duc de Gèvre". Les formalités administratives pour passer d'une juridiction à l'autre sont obligatoires. Puis ce sont les villes d'Étampes, Orléans, Blois, Amboise, Poitiers, Saintes, Bordeaux et Bayonne.  

    Un pèlerin picard sur le chemin de St-Jacques de Compostelle

    Carte générale de l'itinéraire du pèlerinage de Guillaume Manier en 1726-1727.


    Le pèlerin scrupuleux note les curiosités propres à chaque localité ou région, ainsi la statue de "cette pucelle (qui) se nommait Jeanne Darcq"  à Orléans, le "fort beau château" de Blois, la grande "quantité de caves, hors de la ville, dans des rochers" près d'Amboise, "le pavé de (Poitiers) fort petit et pointu comme celui de Verdun", le port de Bordeaux qu'il décrit "comme une forêt de bois, pour la quantité de mâts de vaisseaux qui remplissaient ce port, au nombre de plus de 200." Les Landes où "les vachers /…/ sont obligés de marcher avec des échasses de trois ou quatre pieds de hauteur de l'eau", lui semblent "le pays le plus ennuyeux du monde". Guillaume remarque la récolte de résine sur les troncs des pins : la forêt de pins et la pratique du gemmage existaient déjà au début du XVIIIe siècle. "Daxe" l'étonne par son eau qui "se convertit en pierre et se gèle comme glace, formant mille figures différentes". "La ville est à peu près comme Noyon," précise-t-il un peu plus loin. Il compare à plusieurs reprises les villes qu'il traverse à celle qu'il connaît le mieux, Noyon.
    L'arrivée dans une localité réserve parfois des surprises. Le spectacle peut être impressionnant, comme à Blois : "En entrant à cette ville, nous avons vu plusieurs cadavres pendus et rompus : un pour avoir volé un carrosse, l'autre pour avoir habité avec une vache". Dans certains cas, la surprise se révèle agréable, comme à "Xaintes" ou un habitant originaire de Carlepont mais établi en Saintonge depuis son mariage avec une Rochelaise, est tellement heureux de voir ces quatre Picards "qu'il croyait que ce fût un rêve". Ce soir-là ils dînèrent et couchèrent "splendidement" ! Un peu plus loin, à Lajard, la rencontre est d'un autre ordre : "nous avons vu un homme roué, en chemise fine, de la compagnie de Cartouche, nommé Brides-les-Bœuf et son garçon Brides-les-Vaches".  Après avoir noté l'information et sans plus de commentaires, Guillaume passe à l'étape suivante, preuve que le spectacle n'est pas inhabituel à l'époque. Les pèlerins séjournent une semaine à Bordeaux et participent aux vendanges.
    Guillaume Manier gagne l'Espagne par la route du littoral (Bayonne, Saint-Jean-de-Luz, Irun et Hernani).

     

    Un pèlerin picard sur le chemin de St-Jacques de Compostelle

    Santiago de Compostelle (St-Jacques de Compostelle), la cathédrale, construite de 1078 à 1130.

     

     Le livre :

    Pèlerinage d'un paysan picard à St-Jacques de Compostelle...

     

     

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