• Un conte pour rire...

     

     Le couveur de melon
     
    Un villageois fort simple d’esprit, ayant perdu son baudet, se rendit au franc-marché de Moreuil suivant, pour y acheter un autre âne. En passant sur le marché aux herbes, il aperçut des melons ; il demanda à son voisin, qui l’avait accompagné, quels pouvaient bien être ces œufs.
    « Ce sont des œufs de baudet, lui répondit son facétieux voisin. Il me vient une idée ; tu ferais bien d’acheter l’un de ces œufs pour le couver toi-même. De cette façon, ton baudet te coûterait moins cher. »
    Le crédule villageois choisit le plus beau melon, le paya sans marchander et revint chez lui, toujours en compagnie de son voisin. Celui-ci prépara un cuvier qui se trouvait dans la grange du mystifié, l’emplit de paille, plaça le melon au milieu et fit asseoir le benêt sur l’œuf en lui recommandant de ne point bouger et surtout de ne point parler avant l’éclosion de l’œuf.
    Le lendemain matin, la femme du couveur, qui avait attendu vainement pendant toute la nuit le retour de son mari, alla faire part à ses voisins de l’inquiétude qui la tourmentait. On se mit à la recherche du retardataire, que l’on découvrit enfin dans l’aire de sa grange.
    A toutes les questions qu’on lui posait, le couveur faisait signe aux importuns de se retirer et de le laisser en paix; on ne pouvait en obtenir aucune parole.
    Quelqu’un s’avisa de dire tout bas, que cet homme était possédé du démon, et qu’il fallait en aller prévenir M. le Curé, pour qu’il vint l’exorciser. Ce qui fut fait.
    Peu d’instants après, le curé arrivait avec un enfant de chœur portant un seau d’eau bénite. En un clin d’œil, presque tout le village se trouvait dans la cour et aux abords de la maison du démoniaque ; celui-ci faisait constamment signe aux curieux de se retirer.
    Bref, le curé, en récitant le formulaire des exorsions, aspergeait consciencieusement... patient avec son goupillon, mais rien n’y faisait, le possédé demeurait muet.
    En véritable espiègle, l’enfant de chœur, que cette scène impatientait, s’écria ; « Vous ne jetez pas assez d’eau bénite, M. le Curé ! »
    Et, au même instant, il lança à la tête du couveur tout le contenu du seau qu’il portait.
    Ne pouvant plus y tenir, ce dernier se leva, prit son melon dans les bras et se sauva dans les jardins ; mais, en voulant franchir une haie, son pied s’embarrassa dans une racine, et il tomba à plat ventre sur son melon, qu’il écrasa.
    Effrayé par le bruit qu’il entendait, un lièvre, au gîte sous un chou près de la haie, s’élança aussitôt dans la plaine.

    Un conte pour rire...


    A cette vue, le couveur s’écria :
    « Les imbéciles ! ils m’ont fait perdre mon jeune baudet. Voyez comme il court ! Il était déjà de la force d’un baudet de six semaines. »

     Alcius Ledieu, Une gerbe de Contes picards, 1891.

     

     
     

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