• Rouen, vers 1930, ville-musée.

    A Rouen, ville capitale du Duché, on a voulu donner une sorte de surnom qui la peignit définitivement : Hugo en avait fait la « Ville aux cent clochers » ; le XXe siècle a consacré la « Ville-Musée », et cela est juste, car nulle cité ne présente au monde tel ensemble, telle juxtaposition de merveilles : ici une église, là un vieux logis, tout près un site charmant fait de dix vieilles demeures pittoresques et vétustes, ou quelque coin harmonieusement composé par cet incomparable artiste qui se nomme le Temps.
    Le Rouennais a si bien pris l’habitude de circuler parmi cet amoncellement de trésors, qu’il ne s’en émeut plus ; nul mieux que lui ne sait cependant comprendre que le visiteur puisse s’arrêter, s’extasier ; il sait la valeur de ce patrimoine, mais pourquoi faut-il qu’il ait laissé, pendant tout un siècle, la pioche et le cordeau faire leur œuvre néfaste au cœur de la cité ?

    Rouen, vers 1930, ville-musée.

    Rouen, la rue de la Grosse Horloge.


    Ce qui survit, heureusement, est immense et magnifique ; Rouen demeure la capitale des maisons de bois et la patrie des nefs de pierre ; nulle ville n’en est aussi riche ni plus fière.
    Or cela, c’était le domaine du passé et Rouen ayant aussi quelque droit de s’enorgueillir du présent, la Ville-Musée accueille sans déplaisir – bien au contraire – l’idée d’un écrivain connu qui a fait d’elle la « Ville complète » (André Maurois).
    Et certes elle l’est ! Rien n’y manque, aucune absence n’y choque, non plus que rien n’y frise l’exagération. Normande avant tout, Rouen est pondérée et de solide équilibre : à un passé splendide, à des fastes glorieux, elle confronte le merveilleux essor de son port, de son commerce, de son industrie.
    Autour d’une sorte de « Vieux Rouen », noyau au cœur de la ville moderne, cité-mère qui a gardé intact son visage de bonne petite vieille ridée et souriante, des quartiers neufs se sont créés, pour ainsi dire en cercles concentriques et qui chaque année s’élargissent.
    Là, les usines dominent ; ailleurs, tout est subordonné à la vie maritime, plus loin règne la cotonnade et au-delà, les maisons escaladent les coteaux. Chaque quartier semble s’être spécialisé, et le Rouen d’aujourd’hui est fait d’une multitude de Rouens divers, dont chacun répond à une utilité, à un besoin économique, ou parfois même à un sentiment.
    Rouen, c’est en somme le point, le lieu géométrique où finit la mer et où commence ce que l’on a pu appeler « la Seine de Paris » ; c’est un lieu de transit plus encore que de trafic.
    Et c’est un peu aussi comme la demeure d’un chef de commerce ou d’industrie de haute envergure, qui garderait au cœur de son logis quelque pièce familiale où il célébrerait le culte des ancêtres, conserverait des souvenirs très chers et accueillerait tous ceux que sauront toujours émouvoir la beauté et un glorieux passé.
    Par une fenêtre ouverte vers l’ouest, il aperçoit des mâts de cargos et l’ossature des grues géantes, mais par la baie qui s’ouvre sur l’orient, il vous montre la flèche d’une cathédrale, et dix clochers, et le peuple infini des vieux toits : car c’est tout cela, Rouen !

    Charles Brisson.

     

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