• Pierre Garnier, poète en Picardie

    Je suis né parmi ces lignes, cette géométrie ni plane ni dans l’espace, ces longues courbes qui sont caractéristiques des paysages de Picardie ; dans le Santerre on découvre de partout la rotondité de la terre – loin, vers l’ouest, ce cercle qui s’élève de l’océan – comme une fin sans fin, courbe et rotation, si bien que peu à peu se fait en nous une image de la mort qui n’a plus rien à faire avec les squelettes des Danses macabres, ni avec la résurrection déchirante, blanche et lumineuse du Musée de Colmar, mais avec une simple ligne – l’ultima linea mea – qui recule sans fin ou avance sans fin et nous dit que la mort est cette ligne parfaite, quand je dis parfaite, je veux dire parfaitement calme et reposante – et le mort lui-même cette pure géométrie.
     

      Photo Violette Garnier, 2006.


    Cette légère courbe légèrement enceinte.
    La Picardie est un pays de lignes, ce sont les lignes qui en font le charme. Pas ce genre d’arêtes comme sur les bords de la Méditerranée, mais ici, en Picardie, des lignes de géométrie douce, légèrement croisées et arquées qui ne craquent de nulle part, mais se poursuivent continuement à l’infini – ce sont encore les fonds de la mer – et les chevaux qui naguère parcouraient ces champs savaient bien au fond d’eux-mêmes qu’ils étaient encore des animaux marins qui labouraient ce paysage et qu’il ne fallait rien bâtir ici qui le contrarie et fasse obstacle à ces lignes infinies qui sont des lignes de vie et de mort.
     
    L’encéphalogramme plat qui signalera simultanément que je suis mort et que j’ai rejoint cette courbe de la terre légèrement enceinte.
     

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    Les paysans et les moines savaient bien ce qu’ils faisaient quand ils déboisaient : ils ne faisaient que déshabiller ces lignes. Seuls les nobles et les bourgeois qui n’ont jamais rien compris dressaient des châteaux forts et des cathédrales, des monstres qui ne faisaient que déranger la spiritualité des lignes du paysage qui menaient à Dieu bien mieux que les ogives proches de la barrique, et qui défendaient la vie mieux que les châteaux forts qui eux faisaient d’elle une stagnation et barraient la libre circulation du sang aussi indolore que l’eau des rivières. Les paysans labourant perfectionnaient pendant des siècles les lignes.

     

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