• Nos durs étés d'Hirondelles

    Voici le contenu d’un e-mail que nous avons reçu et qu’on nous demande de publier.
    Il s’agit en fait d’une lettre à la fois critique et explicative émanant d’une association nommée : G.A.H.E.C. (Groupement Associatif des Hirondelles En Colère). Ces petits migrateurs se plaignent et regrettent de ne plus pouvoir venir nombreux passer les étés en Picardie et Normandie, car, disent-ils, ces régions sont devenues en grande partie invivables pour l’espèce, même pour de jeunes couples plein de courage.

    Mesdames et Messieurs les agri-managers
    et autres ruraux des régions Picardie et Normandie,
     
    Demeurant une grande partie de l’année en Afrique Subsaharienne, précisément à Bougouni, au Mali, plusieurs membres de notre association avaient l’habitude depuis de nombreuses générations de venir passer les vacances d’été chez vous. Nous y trouvions alors un accueil fort chaleureux, nous pouvions nous épanouir et nous adonner avec bonheur aux joies de la procréation, puis ensuite faire sereinement pousser nos petites familles (2 à 3 couvées dans l’année).
    Il y avait en effet jadis dans vos régions des endroits propices à la construction de nos nids ; il était d’ailleurs bien souvent inutile d’en édifier un nouveau puisque nous retrouvions d’une année sur l’autre notre demeure d’été qu’il fallait simplement retaper. Il se trouvait naguère dans vos campagnes des prairies plantées d’arbres et entourées de haies vives où voletaient près des troupeaux des nuées d’insectes tous forts savoureux et nourrissants. Il existait autrefois près de vos villages ou dans vos pâtures des mares où il était facile de s’abreuver.
    Hélas, vos paysages ont beaucoup changé, d’abord ponctuellement, les champs ont remplacé les prés. Les arbres et les haies ont été abattus, même le long des routes et aux alentours des villages ; les bâtiments où l’on avait conçu nos nids ont été fermés, transformés ou détruits ; les vaches ont disparu des plaines inexorablement plantées en blés, pommes-de-terre, betteraves ou autres.
    Dans un premier temps, nous avons abandonné ces zones quasi désertes pour des lieux plus champêtres, mais peu à peu, au fil des décennies, le désert de vos cultures a rongé votre pays, et maintenant, bien maligne l’Hirondelle qui trouve chez vous à la fois un coin tranquille pour bâtir un simple nid douillet, et surtout un environnement sympa où elle peut prélever sa nourriture car, disons-le, si ces champs gigantesques qui à présent tapissent souvent vos plaines fournissent vos usines agro-alimentaires en légumes pour boîtes de conserves ou nourrissent vos bovins en produits frelatés, nous, les Hirondelles, nous n’y trouvons plus rien de bon.

    Nos durs étés d'Hirondelles

    Explications : l’Hirondelle est un animal très court sur pattes, elle est avec le Martin pêcheur et le Martinet l’oiseau qui détient le record des plus petites jambes. Ainsi donc, elle ne peut en aucun cas chasser en courant sur le sol comme par exemple le Merle, ou en s’agrippant dans les feuillages comme la Mésange, ou bien en pêchant sur des échasses comme le Héron. Par contre, l’Hirondelle est dotée de deux ailes solides qui lui permettent de très bien voler ; c’est donc presque toujours en vol qu’elle se nourrit en poursuivant des insectes et qu’elle boit en frôlant la surface de l’eau. Elle ne met pied à terre que pour ramasser de la boue afin de construire son nid, pour se chauffer au soleil et prendre un bain de poussières, ou pour très rarement et avec peine picorer des insectes rampants.

     Son univers est donc le ciel ! Fort bien direz-vous, nous n’avons pas transformé le ciel ! Certes non. Mais la nature est un tout où les arbres et les buissons ont une grande utilité. Les arbres sont effectivement très utiles aux Hirondelles, surtout en cas de pluie car sans le couvert des feuillages pour s’abriter, les insectes volants sont comme bombardés par les gouttes d’eau qui les plaquent au sol, tuant les plus petits et clouant par terre les plus gros. Or, si nous, nous n’avons rien à craindre des averses, il est cependant inutile que nous nous fatiguions à continuer de chasser par mauvais temps puisque nos proies sont scotchées sur le tarmac. Passe encore quand le mauvais temps fait rapidement place au soleil, nous reprenons bien vite nos activités et tout s’arrange ; mais lorsque les perturbations se suivent où n’en finissent pas de s’éloigner, nous ne trouvons rien à becqueter durant des jours et des jours, et nos 4 ou 5 oisillons affamés qui réclament énormément d’insectes pour grandir et surtout pour lutter contre le froid souvent présent lors des saisons pluvieuses se refroidissent puis meurent les uns après les autres. Sans compter qu’il nous faut aussi manger pour voler efficacement.
    Dans quelques zones encore civilisées de vos régions, là où subsistent des fermes pratiquant l’élevage et où de chouettes agriculteurs qui pensent au bien-être des animaux ne tronçonnent pas systématiquement les arbres, notre survie est relativement possible pour la simple et bonne raison qu’en cas de déluge, les mouches, moucherons, moustiques et autres encas de ce genre volettent à l’abri des branchages. Comme par enchantement, c’est aussi dans ces campagnes que les insectes n’ont pas trop ce goût désagréable de ceux qui se parfument aux pesticides, et c’est encore là que les étables sont les plus confortables.
    Notez bien qu’en forêt par exemple, là où les arbres sont très serrés, nous ne pouvons sans dommage corporel réaliser les acrobaties qui nous permettent d’attraper ces bestioles vicieuses qui tentent sans cesse de nous échapper en slalomant comme des folles. Notez aussi que nous ne pouvons aller chasser à plus de trois cents mètres autour de notre nid, ce serait alors trop fatiguant. Ainsi donc, c’est uniquement là où l’on trouve suffisamment de prés plantés d’arbres fruitiers, de bocages et de petits chemins bordés d’arbres que nous pouvons passer de bons étés, des étés joyeux et généreux où le gazouillis de nos oisillons ne s’éteint pas pour cause de fortes giboulées d’orage sur de trop mornes paysages.

     Voici, Mesdames et Messieurs, les raisons pour lesquelles nous ne migrons plus guère chez vous, les étés y sont bien trop durs pour les Hirondelles !
    Signé : G.A.H.E.C. (Groupement Associatif des Hirondelles En Colère).



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