• Edouard David, poète picard

    "Œuvre vaste, souvent haute, une kermesse, une noce, des fêtes, un deuil, une tripée, des cortèges, tout un monde grouillant, une Cour des Miracles, les hortillons, non pas tant l’expression d’un homme seul que du quartier Saint-Leu, le vieux cœur.

    Edouard David, poète picard


    Edouard David a vécu au moment où ce monde moribond recueillait une fois encore son passé ; il a eu la chance – au bord de notre monde mécanique – de vivre dans une micro-communauté qui, dans sa misère, battait comme un cœur ; il a été le cerveau et la langue de ce cœur, reformant ainsi un corps complet qui passe à nouveau aujourd’hui parmi nous. " Pierre Garnier

     

     

     

     


    Un poète picard.
    Edouard David, qui avait pris soin de rédiger son faire-part de décès, avait écrit au-dessous de son nom : poète picard.
    Il faut partir de cette idée pour étudier son œuvre: Edouard David fut d’abord poète ; tout ce qu’il écrivit d’autre, le théâtre de cabotins notamment, est un prolongement émerveillé de cette poésie. Une exception cependant : « La Fille Bazentin », une pièce à thèse écrite en français.
    Il est bon en outre de souligner qu’à part cette pièce et les essais, ce que le poète a écrit en français – notamment certains poèmes – est de qualité inférieure à ce qu’il a composé en picard ; les poèmes français du «Verger des Souvenirs », par exemple, ne sont pas plus que de maigres chansonnettes d’un genre vieilli et sans charme dont nous ne faisons mention que pour mémoire.
    Edouard David est un poète picard : sa langue maternelle est le picard (vraiment, puisque sa mère parlait parfaitement cette langue), il ne se dévoile que dans ce dialecte, mieux, il ne peut vraiment parler que du quartier Saint-Leu, dernier réduit citadin d’un milieu picard alimenté d’ailleurs par l’immigration des paysans vers la ville au XIXe siècle.
    Il est significatif de constater que tous les personnages du théâtre ou des poèmes d’Edouard David « meurent » quand ils franchissent les limites du Vieil Amiens, que d’autre part, cette « zone » donne son espace à l’œuvre avec, comme le souligne René Normand, ses joies, ses peines, ses fêtes, ses coutumes : « chés fux d’os » de la Saint-Jean, « el’pocession d’ chés San German coucous » au début de l’automne ; à Noël, les copons éclairés par des centaines de bougies portées par des enfants ; à Pâques, le défilé d’ chés ténébreux ou d’ chés filii.
    Edouard David ne peut donc se concevoir sans ce «pays », mieux, sans cette ville : sauf pour « La Fille Bazentin », dont l’action se situe à Troyes, tous les textes du poète (exceptée « La Tripée ») et tout son théâtre se passent dans ce qu’il est convenu d’appeler le Vieil Amiens, entre les hortillonnages et le port d’Aval d’un côté, entre la
    Cathédrale et la Citadelle de l’autre.
    Comme René Normand l’indique encore, Edouard David est le fils de la cité des eaux : la rue, les canaux, la Somme (David était pêcheur), les rieux, ch’vivier.

    Une maman conteuse née !
    Dans le précédent souvenir de mon enfance consacré à la description des « Petits mois de Marie », j’ai dit incidemment combien ma bonne et vénérée Maman, quoique complètement illettrée et ne parlant d’autre langage que son patois imagé, savait conter.
    Son talent la rendait populaire dans le quartier de la Barette. Aussi aux longs jours d’été, dès le départ des hommes pour leurs boutiques (dans le sens usine), la vaisselle du dîner étant relavée et rangée dans l’étimier, la maison remise en ordre, les mamans du quartier s’assemblaient au-devant de la porte de la mère David et là, tout en cousant ou ravaudant les couches de leur progéniture partie à l’école ou à l’asile, lui demandaient
    de leur conter quelque chose.
    En fait d’histoires, la mère David était une de ces personnes qu’on n’eût jamais prises sans vers. Jamais à court, elle en avait toujours une pour après l’autre, disait-on. Et malgré le bruissement des rouets à grande roue de platane, des essignoles et des biots sur lesquels s’enroulait la laine, ma mère s’exécutait avec un plaisir véritable.
    Toute son ardeur, toute sa chaleur, toute sa conviction de conteuse, elle les mettait dans les histoires qu’elle narrait, qu’elle vivait. Les scènes cocasses, comiques, burlesques, tristes ou lugubres, défilaient plus nettes sur l’écran, tant elle possédait le talent d’en faire valoir les détails par quelque trait d’esprit de son cru. Et si l’histoire déjà contée lui était redemandée, l’improvisation lui donnait un tour nouveau, bien que le fond du sujet restât le même. Bien plus, à chaque reprise, cette histoire était augmentée, amplifiée, grossie de nombreux et nouveaux détails.
    Un vieux dicton ne nous apprend-il pas qu’un conte picard n’a jamais de fin ?
    Mon brave homme de père était un liseur acharné. Sa journée de travail faite, il dévorait les livres.
    Pourtant, dès que ma mère, avant de nous endormir entreprenait de nous conter une histoire, on voyait mon père poser silencieusement son livre sur la table et se joindre à nous au même titre d’auditeur.
    Douée d’une mémoire surprenante, nourrie des légendes et des contes qu’elle tenait de la tradition orale des siens, ma mère avait cette précieuse qualité des anciens auteurs des veillées qui prenaient le soin de situer leur action dans le milieu adéquat et connu. Ainsi le conte revêtait-il, aux yeux de tous, un caractère d’authenticité, de véracité par lequel toute légende se perpétue.
    Comme ses devanciers ou devancières, ma mère mettait toutes ses histoires sur le compte de gens existants ou morts, dont elle donnait les noms vrais ou figurés. Elle ne manquait pas d’indiquer l’occasion, la circonstance qui les avaient fait naître.


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