• Ault, quand la falaise recule

    L’histoire du bourg d’Ault, depuis les temps les plus anciens, n’est rien d’autre qu’un long combat : pas à pas la mer avance, mètre par mètre la falaise recule, et les malheureux Aultois, sans cesse arc-boutés, s’acharnent à retarder cet assaut séculaire, voyant avec angoisse leurs habitations s’effondrer dans l’abîme, leurs rues s’approcher du précipice et leur territoire, semblable à une peau de chagrin, se rétrécir de jour en jour. Il n’est pas exagéré de parler ici de drame lorsqu’on sait qu’une grande partie du vieil Ault -nouvelle ville d’Is picarde- est déjà sous les flots...

    Jean Monborgne, 1981

     

    Ault, quand la falaise recule

    Vue illustrant la fin des falaises et le début de la digue suivie au nord du cordon de galets.

     

    La “souffrance” d’une falaise à l’agonie
    C’est la conjugaison de 2 phénomènes naturels qui explique le recul important de la falaise en ce lieu :
    – tout d’abord, c’est en effet à partir de Ault que la falaise va s’amenuisant vers le nord, pour ensuite se prolonger en direction d’Hautebut sous la forme d’un simple très haut talus nommé “falaise morte”, talus qui n’apparaît presque plus au nord d’Hautebut. Du sud de Ault au nord d’Onival, la falaise s’abaisse ainsi de 80 à 15 mètres. Elle est donc ici fragilisée car constituée d’une craie bien plus friable que la partie comprise entre Mers et Ault ;
    – ensuite, c’est précisément à l’endroit où meurt la falaise vive, en face d’Onival, que naît le cordon de galets (digue en partie naturelle formée par les débris des falaises normandes) qui protège les Bas-Champs des grandes marées et rejoint Cayeux-sur-mer. Les vagues, poussées en direction du nord-est par les courants et les vents dominants, viennent donc buter avec force dans le creux de cet angle que forme la jonction entre la falaise mourante et la digue de galets naissante.

     

    Ault, quand la falaise recule

     Jadis, villa avec vue sur la mer à Ault...

      
    Comment l’eau “mange” la terre ?
    L’effondrement des falaises n’est pas dû aux seuls coups de boutoir que produisent à leurs bases les vagues gigantesques lors des grandes marées d’équinoxe.
    Avant que la mer ne puisse disloquer de telles montagnes de craie, il faut qu’une portion de la falaise soit fragilisée et rendue instable suite aux infiltrations des eaux pluviales. Ces infiltrations alourdissent les matériaux qui la compose et d’énormes blocs s’en détachent alors, simplement emportés par leur masse.
    Quand les blocs éboulés gisent au pied de la blanche muraille, ici plus encore chargés d’humidité, notamment à cause des embruns et lors des hautes mers, le même phénomène se produit, mais en plus petit (un morceau gorgé d’eau s’écroule sous son poids, sa base ayant été sapée par l’usure des vagues) et ainsi de suite jusqu’à ce que la houle déferlante ait entièrement dissout la matière.
     
    Même les silex sont rongés !
    Lorsqu’ils sont “libérés” de leur enrobage de craie, les silex, inertes sur la portion du rivage située entre les plus basses et les plus hautes mers, sont alors à la merci de méchantes vagues qui se les partagent, les roulent, les cognent entre eux, les brassent, les lavent, les usent les uns contre les autres, et lentement les emportent vers le nord où ils composent la digue des Bas-Champs.

     

    Ault, quand la falaise recule

    Bloc de craie tombé de la falaise qui sera rongé par les vagues.

     

     

    « Dumas père ou Dumas fils ? Vient de paraître... »

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