• Je suis né parmi ces lignes, cette géométrie ni plane ni dans l’espace, ces longues courbes qui sont caractéristiques des paysages de Picardie ; dans le Santerre on découvre de partout la rotondité de la terre – loin, vers l’ouest, ce cercle qui s’élève de l’océan – comme une fin sans fin, courbe et rotation, si bien que peu à peu se fait en nous une image de la mort qui n’a plus rien à faire avec les squelettes des Danses macabres, ni avec la résurrection déchirante, blanche et lumineuse du Musée de Colmar, mais avec une simple ligne – l’ultima linea mea – qui recule sans fin ou avance sans fin et nous dit que la mort est cette ligne parfaite, quand je dis parfaite, je veux dire parfaitement calme et reposante – et le mort lui-même cette pure géométrie.
     

      Photo Violette Garnier, 2006.


    Cette légère courbe légèrement enceinte.
    La Picardie est un pays de lignes, ce sont les lignes qui en font le charme. Pas ce genre d’arêtes comme sur les bords de la Méditerranée, mais ici, en Picardie, des lignes de géométrie douce, légèrement croisées et arquées qui ne craquent de nulle part, mais se poursuivent continuement à l’infini – ce sont encore les fonds de la mer – et les chevaux qui naguère parcouraient ces champs savaient bien au fond d’eux-mêmes qu’ils étaient encore des animaux marins qui labouraient ce paysage et qu’il ne fallait rien bâtir ici qui le contrarie et fasse obstacle à ces lignes infinies qui sont des lignes de vie et de mort.
     
    L’encéphalogramme plat qui signalera simultanément que je suis mort et que j’ai rejoint cette courbe de la terre légèrement enceinte.
     

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    Les paysans et les moines savaient bien ce qu’ils faisaient quand ils déboisaient : ils ne faisaient que déshabiller ces lignes. Seuls les nobles et les bourgeois qui n’ont jamais rien compris dressaient des châteaux forts et des cathédrales, des monstres qui ne faisaient que déranger la spiritualité des lignes du paysage qui menaient à Dieu bien mieux que les ogives proches de la barrique, et qui défendaient la vie mieux que les châteaux forts qui eux faisaient d’elle une stagnation et barraient la libre circulation du sang aussi indolore que l’eau des rivières. Les paysans labourant perfectionnaient pendant des siècles les lignes.

     

    Les publications de Pierre Garnier...

     

     


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  • Les hommes portaient pantalon de couleur serré au mollet, gilet fleuri et brodé, chemise avec col très haut sous la mâchoire, redingote courte, chapeau haut de forme également de couleur et escarpints à boucles d’argent.
     

    Le costume normand au XIXe siècle

    Fermière et sa fille de ferme, Basse-Normandie.


    Le costume féminin était riche et fort beau. La jupe de droguet multicolore, le corsage brodé, le tablier de soie de couleur voyante, les bijoux (croix normande, esclavage) et surtout les magnifiques coiffes de tulle et dentelles accordaient aux femmes normandes une élégance et une prestance exceptionnelles.
    Les coiffes variaient de forme suivant les régions. Bonnets ronds dans le pays d’Auge, elles prenaient des formes beaucoup plus volumineuse dans la plaine de Caen et dans le Bessin où la « Bourgogne » constituait souvent un chef-d’œuvre de travail et de beauté.
    Ces costumes traditionnels ont disparu. On peut, aujourd’hui les admirer soit dans quelques musées de la région, soit en assistant aux démonstrations des groupes folkloriques qui se sont attachés à leur reconstitution minutieuse.


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  • La chanson du Silène.

    Et le Silène chantait chemin faisant...
    « A l’orée du XIVe siècle, les prix des clos ont dépassé de six à dix fois ceux des terres à labours. C’est qu’en pays laonnois le commerce file un train de courrier au rythme des charrois montant vers les Flandres et le Hainaut. Dès le IXe siècle, les abbayes et les évêchés des pays du Nord, passent commande ferme aux viticulteurs des environs de la Montagne Couronnée. Les vins atteignent la Flandre et le Hainaut par des routes plates, larges, bien entretenues et bien fréquentées sur lesquelles, mystère, les crus se bonifient. Avec l’épanouissement économique des villes du Nord au XIe siècle, la viticulture locale gagne en qualité et en quantité, et à côté des puissants seigneurs du vin, peut naître, discrète et on ne peut plus pragmatique, la viticulture populaire. L’apogée n’est plus ce qu’elle était puisque le mauvais vin des pauvres est toléré. Trop de prospérité : l’attention se relâche et le sort en prend ombrage. Le voici tirant son maudit tarot sur les coteaux.
    En 1316, des moussons anéantissent les récoltes. En 1348, la population est décimée par la peste. On ne vendange plus. En 1372, le gel détruit les vignobles. En 1408, c’est la grêle qui se charge du désastre et de 1416 à 1419, voici la guerre. Les maraudeurs du duc de Bourgogne détruisent les villages, vignes et caves. En 1480, été chaud et sec : point de récolte. Suit un hiver vertigineux : les vignes sont tuées. Les chaleurs brûlent à nouveau le raisin en 1540 et 1544 et pour faire bonne mesure de calamité, Huguenots et Ligueurs remplacent les Bourguignons aux pillages des vignobles. Terre brûlée.
    Henri IV rétablit la paix. La civilisation vinicole se relève des terrifiantes bondieuseries. Il faut qu’elle soit vivace dans l’âme du pays pour renaître au XVIe siècle. De nouveau la prospérité, sauf qu’à l’horizon du nord se profile une concurrence inattendue. Les clients traditionnels achètent du vin à moindre prix aux armateurs hollandais qui l’ont embarqué à Bordeaux ou en Gironde tandis qu’une réglementation royale et protectionniste interdit aux tavernes parisiennes d’acheter du vin à plus de 20 lieues à la ronde du Louvre. »

    La vigne en pays laonnois         

    Les vendangeoirs... maisons aux charmes discrets.

    Il y avait des châteaux-vendangeoirs, des abbayes-vendangeoirs : Saint-Vincent de Laon, Cuissy, etc., des prieurés-vendangeoirs : Corbeny, des presbytères-vendangeoirs, des vendangeoirs bourgeois et de modestes maisons vigneronnes...
    Maxime de Sars recensa plus de trois cents vendangeoirs dans le pays laonnois. Il s’agit bien d’un empire. A l’origine, vers le XVIe siècle, le vendangeoir ne représentait que la pièce où on pressait le jus de raisin. Et rien d’autre. Toutefois nous tirerons le vin qui nous intéresse des figures de réthorique, de la métonymie, du signe pour la chose signifiée. Dans les celliers de jadis se pratiquait la vinification. On les appelait donc “vendangeoirs”, puis avec l’usage du temps, le terme s’est étendu à l’ensemble des bâtiments d’une propriété vinicole. Chose on ne peut plus curieuse aux regards des notaires, la généralité du mot “vendangeoir” ne serait apparue qu’au moment où la vigne périclitait à la fin du XVIIIe siècle, quelques années avant la Révolution.

     La vigne en pays laonnois

     

    Le livre de Yves-Marie Lucot...

     

     


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  • Habitant les Flandres, Rosalie Doise fut condamnée le 12 août 1861 par le tribunal de Douai aux travaux forcés à perpétuité (elle avait échappé à la peine de mort) pour avoir assassiné son père âgé de 65 ans en janvier de cette même année. A l’énoncé du verdict, la jeune femme qui venait de perdre son premier enfant suite aux tortures infligées au cours de sa détention préventive dans un cachot de la maison d’arrêt d’Hazebrouck déclara :
    « Je suis innocente, non coupable messieurs ! Et plus tard quand on retrouvera les vrais coupables, que fera-t-on de la pauvre innocente ? »

    Une erreur judiciaire sous Napoléon III

    Portrait de Rosalie Doise
    par la peintre Deconinck - Musée Municipal d’Hazebrouck - Cliché : R. Degryck.

     

    On découvre les vrais assassins !
    Après l’arrestation des véritables assassins du père de Rosalie, « l’affaire Doise » fut rejugée à Amiens le 19 novembre 1862. Cette erreur judiciaire célèbre en son temps, impliqua de nombreuses personnalités dont le grand Victor Hugo qui travailla à rétablir la justice.

     Enfin acquittée, Rosalie répondit, se levant :
    « Je remercie beaucoup messieurs mes juges : enfin la vérité s’est fait connaître : j’ai tant prié le bon Dieu qu’il devrait me l’envoyer ».
     
    Grâce à une souscription lancée par Odilon Barrot, le journal « Le Temps » et  Victor Hugo, Rosalie reçut une indemnisation qui lui permit d’acheter une petite ferme (avec son mari, Séverin). Elle eut 5 enfants et décéda en 1899.

     

    Le livre de Gérard Hotier...



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  • Des cinq espèces de chouettes présentes en France (la Hulotte, l’Effraie, la Chevêche, la Chevêchette et la Chouette de Tengalm), la Chevêche est la plus menacée.
    De nombreux dangers dus à l’évolution du monde moderne guettent ce petit rapace nocturne. Entre autres, les poteaux creux PTT et les cheminées étroites qui se transforment en pièges mortels, le trafic routier qui de plus en plus fait payer un lourd tribut à l’espèce. Mais le principal facteur de son déclin reste la transformation profonde de son habitat (qui n’est autre que notre campagne), du fait de l’évolution de l’agriculture vers une agriculture intensive et industrielle. Ainsi, les haies et les vieux arbres sont arrachés, les vergers traditionnels se transforment en vergers industriels, les prairies sont mises en culture ou transformées en plantations de peupliers. Les produits chimiques utilisés agissent directement sur la Chevêche en la contaminant et indirectement en détruisant ses proies...
    Alors quelques actions de protection peuvent être mises en place comme le rebouchage des poteaux PTT creux, le grillageage des cheminées, la pose de nichoirs, la non-obturation des entrées des granges et des remises... Mais ces mesures s’avéreront certainement dérisoires si l’habitat de l’espèce n’est pas protégé.

     Plaidoyer pour la Chouette Chevêche

    Dessin : Alain Bougelot.

    La Chevêche aime les terrains dégagés à végétation basse, les vieux arbres et les granges. Elle mesure env. 22cm, son envergure est d’env. 55 cm et son poids varie de 140 à 200 g. Crépusculaire et nocturne, elle est assez rare mais présente en Picardie et Normandie.

    Conseils pour construire un nichoir pour Chouette Chevêche : Les 6 règles de poses ; Plans de nichoirs Chevêches.

     

    Un livre pour découvrir la Chouette Chevêche...

     




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